L'Alliance pour la République (APR) a dénoncé, mercredi 28 octobre 2026 au siège du parti à Dakar, la dégradation des indicateurs économiques du Sénégal et les conséquences attendues de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 sur les populations. Le porte-parole du parti, Abdou Khafor Touré, a dressé un tableau sombre et appelé l'opposition et la société civile à se mobiliser contre le pouvoir issu de l'alternance de 2024.
Selon DAKARACTU.COM, qui a relayé la conférence de presse, l'APR s'appuie sur des chiffres précis pour étayer sa charge. Les recettes budgétaires auraient baissé de 340,1 milliards de francs CFA, les dépenses augmenté de 150 milliards, et le déficit budgétaire passerait de 5,4 % à 7,6 % du produit intérieur brut. Les prévisions de croissance seraient ramenées de 5 % à 2,7 %, tandis que les investissements publics subiraient une réduction de 550 milliards de francs CFA.
Le PRES en question
Pour Abdou Khafor Touré, ces chiffres posent une question directe sur l'efficacité du Plan de redressement économique et social (PRES), présenté par les autorités comme l'instrument de la relance.
« Comment un plan présenté comme l'instrument du redressement économique peut-il connaître, quelques mois seulement après son lancement, une telle dégradation de ses perspectives financières ? », a-t-il interrogé.
Le parti affirme avoir exprimé, dès le départ, des réserves sur la crédibilité des hypothèses économiques retenues par le gouvernement. Cette position rejoint celle d'autres voix de l'opposition : l'ancien Premier ministre Idrissa Seck a dénoncé, selon l'Agence de Presse Sénégalaise, des notes économiques dégradées par toutes les agences de notation et un pays devenu « méconnaissable ».
Un coût social que les populations ne doivent pas porter
L'APR déplore aussi le ralentissement de plusieurs chantiers, les difficultés des entreprises, les investissements compromis et les emplois menacés. À ces préoccupations s'ajoutent la hausse du coût de la vie, les difficultés d'approvisionnement en produits de première nécessité, les inondations et les délestages électriques.
« Le coût des erreurs et des errements de gouvernance ne doit pas être supporté par les populations », a déclaré Abdou Khafor Touré, citant les entrepreneurs en attente du règlement de leurs créances auprès de l'État, les jeunes en quête de financement et les travailleurs confrontés à la baisse de leur pouvoir d'achat.
Sur cette question sociale, l'alerte mérite d'être prise au sérieux. Le citoyen sénégalais ne saurait devenir la variable d'ajustement des erreurs de calcul budgétaire, quel que soit le camp qui les commet. La vigilance citoyenne s'impose ici sans exclusive.
Des tensions au sein même de la majorité
Le porte-parole de l'APR a également critiqué les tensions autour de l'examen de la LFR, renvoyée en commission pour poursuivre le dialogue, comme le rapporte l'Agence de Presse Africaine. Tout en reconnaissant le droit des députés de débattre et de rejeter un texte, il estime que les divergences actuelles sont préoccupantes, puisque les responsables concernés ont défendu ensemble les mêmes orientations politiques et économiques.
Selon lui, la majorité de Pastef ne peut contester aujourd'hui certaines orientations budgétaires sans assumer sa responsabilité dans l'élaboration et la défense de la loi de finances initiale de 2026. Pour l'APR, ces désaccords révèlent une crise politique marquée par des rivalités de leadership et des luttes d'influence.
Il faut ici rappeler un élément d'histoire que l'APR aurait tort d'oublier. Le parti qui a dirigé ce pays pendant douze ans connaît aujourd'hui ce que d'autres ont connu avant lui : la contestation de sa gestion, la remise en cause de ses choix budgétaires. La mémoire politique est une arme à double tranchant. Ceux qui dénoncent aujourd'hui les délestages et le coût de la vie portent aussi, dans leur expérience gouvernementale revendiquée, la responsabilité de choix énergétiques et sociaux dont les effets se font encore sentir. L'opposition a le droit, et même le devoir, de contrôler l'action du pouvoir. Elle a aussi le devoir de le faire avec rigueur et sans raccourcis.
Les exigences de l'APR face au gouvernement
Face à cette situation, le parti demande au gouvernement de clarifier la trajectoire budgétaire et les conditions du programme envisagé avec les partenaires. Il réclame la protection du pouvoir d'achat, la sécurisation de l'approvisionnement énergétique et la publication d'un calendrier crédible de règlement de la dette intérieure. L'APR demande en outre le respect des accords conclus avec les partenaires sociaux et une évaluation des conséquences des décisions économiques sur l'emploi et l'investissement.
Ces revendications, prises une à une, sont légitimes et rejoignent les attentes de millions de Sénégalais. C'est sur le terrain de la méthode que la question se pose. Sur le plan politique, Abdou Khafor Touré a appelé les forces de l'opposition et les acteurs de la société civile à se mobiliser contre le pouvoir issu de l'alternance de 2024. Il a réaffirmé le soutien de l'APR à la coalition Takku Wallu Sénégal et au Front de défense de la République (FDR), et annoncé la poursuite de la réorganisation du parti en vue de préparer une alternative pour 2029.
Ce que les Sénégalais doivent retenir
Le débat sur la LFR 2026 dépasse largement les querelles de chapelle entre anciens et nouveaux tenants du pouvoir. Il engage la capacité de l'État à financer l'école, la santé, l'électricité et la protection sociale. Il engage la crédibilité de notre pays auprès des partenaires financiers et des investisseurs, alors que les agences de notation ont déjà revu leurs appréciations. Le Sénégal a traversé des crises plus rudes et s'en est toujours relevé, parce que ses fils ont su placer l'intérêt national au-dessus des calculs partisans.
Les chiffres avancés par l'APR doivent être vérifiés, discutés, confrontés aux données officielles. Mais derrière chaque recette qui baisse, chaque chantier qui s'arrête, chaque emploi qui se perd, il y a des familles. C'est à cette échelle que la performance d'un gouvernement se mesure, et c'est à cette échelle que la vigilance citoyenne doit s'exercer, aujourd'hui comme en 2029.
Questions fréquentes
Quels sont les chiffres dénoncés par l'APR sur la LFR 2026 ?
L'APR évoque une baisse des recettes budgétaires de 340,1 milliards de francs CFA, une hausse des dépenses de 150 milliards, un déficit budgétaire passant de 5,4 % à 7,6 % du PIB, une croissance ramenée de 5 % à 2,7 % et une réduction de 550 milliards de francs CFA des investissements publics.
Que demande l'APR au gouvernement ?
Le parti demande la clarification de la trajectoire budgétaire, la protection du pouvoir d'achat, la sécurisation de l'approvisionnement énergétique, un calendrier crédible de règlement de la dette intérieure et une évaluation des conséquences des décisions économiques sur l'emploi et l'investissement.
Pourquoi l'examen de la LFR 2026 a-t-il été reporté ?
Le texte a été renvoyé en commission pour poursuivre le dialogue, après des divergences au sein de la majorité parlementaire autour des orientations budgétaires défendues par le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo le 25 octobre 2026.
