Le samedi 24 octobre 2026, la ministre des Pêches et de l'Économie maritime, Amy Mara Dièye, a placé la Casamance au cœur de la refondation du secteur halieutique sénégalais, lors d'une visite à Ziguinchor marquée par un atelier de concertation et la remise d'équipements aux professionnels de la filière.
Ce déplacement dans le sud du pays s'inscrit dans l'élaboration de la future Lettre de politique sectorielle du département, une démarche que le gouvernement veut ancrée dans les réalités du terrain plutôt que dans les bureaux de Dakar. Selon Senenews, la ministre a multiplié les rencontres avec les acteurs locaux pour mieux prendre en compte leurs préoccupations.
Une méthode participative pour refonder la politique de la pêche
L'atelier de concertation présidé hier par Amy Mara Dièye visait à recueillir les propositions des professionnels avant la définition des grandes orientations du secteur. Les échanges ont porté sur la gestion durable des ressources halieutiques, le développement de l'aquaculture, la modernisation des infrastructures, la transformation des produits et la création d'emplois pour les jeunes.
Les discussions ont également abordé le renforcement du rôle économique des femmes, très présentes dans la transformation, la conservation et la commercialisation des produits. Plusieurs participants ont plaidé pour un meilleur accompagnement des jeunes et des femmes, notamment par l'accès au financement, aux équipements modernes et aux marchés.
La ministre a souligné que cette orientation s'inscrit dans les ambitions de l'Agenda national de Transformation. L'objectif affiché : faire de la pêche et de l'économie maritime des leviers de croissance, d'emplois et de souveraineté alimentaire.
« Notre vision est de bâtir un secteur porteur de croissance durable, créateur d'emplois, garant de la sécurité alimentaire et capable de contribuer davantage à la transformation structurelle de notre économie », a déclaré Amy Mara Dièye.
En réponse aux demandes des professionnels, la ministre a insisté sur la nécessité d'investissements productifs : création d'unités modernes de transformation, centres de conservation performants et infrastructures adaptées aux besoins réels du terrain.
Des équipements remis aux femmes transformatrices et aux pêcheurs
La tournée a aussi été marquée par la remise officielle d'équipements aux femmes transformatrices de poisson et d'embarcations aux Comités locaux de pêche artisanale de Casamance. Cette initiative s'inscrit dans le cadre du projet ANARÉ DIFAL, financé par le gouvernement japonais et mis en œuvre par la FAO, avec l'appui de partenaires dont la Banque mondiale.
Ces équipements doivent permettre de réduire les pertes après capture, d'améliorer la qualité des produits transformés et d'accroître les revenus des bénéficiaires. Un enjeu concret pour des familles casamançaises dont l'économie repose largement sur la mer.
Amy Mara Dièye a rendu hommage aux femmes transformatrices, qu'elle a présentées comme un maillon essentiel de la chaîne de valeur halieutique. Leur activité contribue à la sécurité alimentaire et constitue une source de revenus pour de nombreuses familles sénégalaises.
Une dynamique déjà engagée sur le terrain
Ce déplacement prolonge une dynamique déjà visible dans la région. Mercredi 21 octobre, la ministre avait procédé au lancement des travaux de trois unités de transformation de produits halieutiques dans les régions de Ziguinchor et de Sédhiou, comme l'a rapporté l'APS, une information également relayée par allAfrica. Ces investissements matérialisent la volonté de doter le sud du pays d'infrastructures modernes, capables de valoriser la production locale au lieu de l'exporter brute.
Prenant la parole au nom de la FAO, Bintia Stephen-Tchicaya, coordonnatrice sous-régionale pour l'Afrique de l'Ouest, a salué le partenariat entre le Sénégal, le Japon et l'organisation onusienne en faveur des communautés de pêche de Casamance. Une coopération qui honore la diplomatie sénégalaise et sa capacité à mobiliser des partenaires solides pour le développement de ses territoires.
Moderniser sans épuiser : le défi de la gestion durable
Tout en encourageant la modernisation de la filière, la ministre a rappelé que le développement devait s'accompagner d'une gestion responsable des ressources marines. Un avertissement qui tombe à point nommé : les stocks halieutiques sénégalais subissent depuis des années une pression croissante, et l'avenir de centaines de milliers de livelihoods en dépend.
C'est ici que la vigilance citoyenne a sa place. La refondation du secteur ne se décrètera pas seulement dans les salles de réunion ; elle se jouera dans le respect des engagements pris, dans la traçabilité des financements et dans la capacité de l'État à protéger les eaux sénégalales contre les pratiques prédatrices. Les Casamançais, qui ont trop longtemps attendu qu'on investisse chez eux, sont en droit d'exiger que ces promesses se traduisent en emplois réels et en revenus durables.
Avec ces concertations, la remise d'équipements et les unités de transformation en construction, les autorités entendent renforcer les capacités des acteurs locaux et faire de la Casamance un territoire central de la transformation durable du secteur halieutique sénégalais. La région, longtemps marginalisée dans les politiques publiques, redevient ainsi un axe stratégique de la souveraineté économique nationale.
Questions fréquentes
Pourquoi la Casamance est-elle au cœur de la nouvelle politique de la pêche ?
La région dispose d'importantes ressources halieutiques et d'une forte tradition de pêche artisanale et de transformation. Le gouvernement y voit un territoire prioritaire pour la croissance, l'emploi et la souveraineté alimentaire, dans le cadre de l'Agenda national de Transformation.
Qu'est-ce que le projet ANARÉ DIFAL ?
ANARÉ DIFAL est un projet financé par le gouvernement japonais et mis en œuvre par la FAO, avec l'appui de partenaires dont la Banque mondiale. Il a permis la remise d'équipements aux femmes transformatrices de poisson et d'embarcations aux Comités locaux de pêche artisanale de Casamance.
Quels sont les objectifs de la future Lettre de politique sectorielle ?
Elle vise une gestion durable des ressources, le développement de l'aquaculture, la modernisation des infrastructures, la transformation locale des produits et la création d'emplois pour les jeunes et les femmes, selon les orientations présentées par la ministre Amy Mara Dièye.
