Maroc-Israël : la normalisation s’approfondit, l’Afrique doit rester vigilante
Le Maroc et Israël ont annoncé, mercredi 16 septembre à New York, leur intention d’élever leurs missions diplomatiques respectives au rang d’ambassades. Cette décision, prise sous l’égide américaine lors d’une rencontre entre les chefs de la diplomatie des deux pays, consolide un processus de normalisation engagé en décembre 2020 dans le cadre des accords d’Abraham. Pour le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest, ce rapprochement renforce une dynamique géopolitique majeure dont il faut mesurer toutes les implications.
Une décision annoncée sous l’égide de Washington
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, et son homologue marocain, Nasser Bourita, se sont réunis à New York à l’invitation de l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz. À l’issue de cette rencontre, les trois pays ont réaffirmé leur engagement à renforcer les relations entre Israël et le Maroc, notamment par l’élévation de leurs missions au rang d’ambassades et la nomination d’ambassadeurs. Aucun calendrier précis n’a toutefois été communiqué, et Rabat n’a pas réagi dans l’immédiat.
Cette annonce s’inscrit dans la continuité des accords d’Abraham, ce processus soutenu par Washington qui a vu plusieurs pays arabes normaliser leurs relations avec Israël. Le Maroc avait déjà annoncé une telle intention en juin 2022, lors d’une visite de l’ancien chef de la diplomatie israélienne Yaïr Lapid, sans que le projet n’aboutisse alors.
Une coopération économique et touristique en pleine expansion
Au-delà de la dimension diplomatique, des accords économiques doivent être conclus avant la fin de l’année 2026. Les liaisons aériennes directes entre les deux pays se multiplient également. La compagnie israélienne Sun d’Or, filiale d’El Al, a annoncé la reprise de ses vols vers le Maroc à partir du 16 novembre, avec deux liaisons hebdomadaires entre Tel Aviv et Marrakech. Les billets aller-retour en classe économique sont proposés à partir de 599 dollars. Arkia, une autre compagnie israélienne, avait déjà relancé ses vols cet été.
Ce dynamisme rappelle l’ampleur des échanges d’avant 2023 : environ 200 000 Israéliens s’étaient rendus au Maroc en 2022, souvent pour des voyages sur les traces de leurs ancêtres. Les liaisons directes avaient été suspendues après le 7 octobre 2023, date de l’attaque du Hamas contre Israël et du début de la guerre à Gaza.
Une coopération militaire qui interroge
La dimension sécuritaire de ce rapprochement mérite une attention particulière. Selon le magazine spécialisé European Security & Defence, le ministère israélien de la Défense examine une nouvelle liste de systèmes militaires que Rabat souhaiterait acquérir. La nature et le montant de ces équipements n’ont pas été précisés. Cette demande intervient après l’achat par le Maroc, en 2022, du système de défense aérienne israélien Barak MX, pour un contrat évalué à environ 500 millions de dollars, ainsi que du système antidrones SkyLock en 2021.
Cette coopération militaire renforcée entre un État africain et Israël soulève des questions stratégiques pour le continent. Le Sénégal, fidèle à sa tradition diplomatique, doit suivre ces évolutions avec attention et défendre une position africaine cohérente et souveraine.
Quelle position pour le Maroc face aux protestations populaires ?
La normalisation maroco-israélienne ne fait pas l’unanimité au sein du royaume chérifien. Après le début de la guerre à Gaza, de nombreuses manifestations de grande ampleur ont eu lieu au Maroc en soutien aux Palestiniens, avec des appels à l’abrogation de la normalisation. Le gouvernement marocain a officiellement appelé à l’arrêt de la guerre sans pour autant remettre en question ses relations avec Israël.
Cette situation illustre la complexité des équilibres diplomatiques en Afrique du Nord. Le Maroc joue un jeu subtil, conciliant ses intérêts stratégiques avec les sensibilités de sa population. Pour les observateurs africains, ce cas offre un exemple des tensions qui traversent le continent entre considérations géopolitiques et aspirations populaires.
Quels enjeux pour l’Afrique et le Sénégal ?
L’approfondissement des relations maroco-israéliennes redessine les équilibres régionaux. Le Sénégal, en tant que nation engagée pour la paix et la coopération internationale, doit analyser ces évolutions avec lucidité. La présence israélienne accrue en Afrique du Nord modifie les dynamiques commerciales, sécuritaires et diplomatiques du continent.
Notre pays, fort de sa stabilité et de son rayonnement diplomatique, a un rôle à jouer pour que ces nouvelles alliances ne se fassent pas au détriment des intérêts africains. La vigilance citoyenne et la clarté des positions diplomatiques sénégalaises restent plus que jamais nécessaires face à un monde en recomposition permanente.
« L’amitié entre les peuples marocain et juif a des racines profondes et une histoire riche. La déclaration que nous avons signée aujourd’hui présente des moyens concrets de renforcer les relations entre Israël et le Maroc dans l’intérêt des deux peuples », a déclaré Gideon Saar.
FAQ : Comprendre la normalisation Maroc-Israël
Quand le Maroc et Israël ont-ils normalisé leurs relations ?
Les deux pays ont normalisé leurs relations diplomatiques en décembre 2020, dans le cadre des accords d’Abraham soutenus par les États-Unis. Ils avaient auparavant établi des relations au début des années 1990, avant que le Maroc n’y mette fin au début des années 2000.
Quelles sont les prochaines étapes de ce rapprochement ?
Les deux pays doivent élever leurs missions diplomatiques au rang d’ambassades et nommer des ambassadeurs. Des accords économiques doivent être conclus avant la fin de 2026, et les liaisons aériennes directes reprennent progressivement dès novembre 2026.
Quelle est la position de la population marocaine ?
Des manifestations de grande ampleur ont eu lieu au Maroc depuis le début de la guerre à Gaza pour réclamer l’abrogation de la normalisation. Le gouvernement marocain maintient officiellement sa position, appelant à l’arrêt de la guerre sans remettre en cause ses relations avec Israël.