Le groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes a refusé, à l'issue des travaux de la commission des finances tenus les 22 et 23 octobre 2026, d'adopter en l'état le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026. Les députés de la majorité posent des conditions précises au gouvernement avant la séance plénière prévue mardi 27 octobre.
L'information, révélée vendredi 23 octobre par Senenews, marque une étape importante dans le bras de fer budgétaire qui oppose le Palais à une partie de la majorité présidentielle. Un bras de fer annoncé dès le lundi 19 octobre par le président du parti, Ousmane Sonko, lors d'un point de presse à Dakar, comme l'avait rapporté LE PUBLIC.
Un refus de principe, pas un refus politique
Clarifions d'emblée, car certains s'empresseraient d'y voir une fronde ou une crise au sein du camp présidentiel. Le communiqué du groupe parlementaire, publié ce vendredi, le dit sans détour : l'opposition ne porte pas sur le principe d'une révision du budget. Pastef reconnaît que les nouvelles contraintes économiques rendent cet ajustement nécessaire.
Le désaccord porte sur les arbitrages budgétaires, les mécanismes de financement retenus et, surtout, le manque de garanties fournies à la représentation nationale. C'est du contrôle parlementaire dans sa forme la plus pure, celui que réclame toute démocratie digne de ce nom.
« L'Assemblée nationale n'est pas une chambre d'enregistrement. Elle vote la loi et doit disposer de toutes les informations nécessaires à l'exercice de ses responsabilités. »
Cette phrase du groupe parlementaire mérite d'être méditée. Elle rappelle une évidence que des décennies de gouvernances peu transparentes avaient fini par effacer : un député n'est pas un votant automatique, il est un contrôleur du denier public. Les Sénégalais, qui ont sanctionné en 2024 un ordre ancien accusé de mauvaise gestion, attendent précisément cela de leurs élus.
Quatre exigences pour protéger les Sénégalais
Les députés de la majorité ont structuré leur refus autour de plusieurs exigences concrètes, que Le Soleil résume en quatre axes : préserver les investissements publics et les dépenses sociales, protéger le pouvoir d'achat, exiger la transparence sur la dette et les choix budgétaires, et rationaliser les dépenses de l'État.
Préserver la santé, l'éducation et l'Agenda national de transformation
Première exigence : aucune coupe ne doit toucher les secteurs stratégiques. Pastef demande un réexamen des réductions budgétaires frappant la santé, l'éducation, la formation professionnelle, l'hydraulique, les infrastructures, l'industrie et les projets structurants de l'Agenda national de transformation.
Le raisonnement est limpide : si ajustement il doit y avoir, qu'il porte d'abord sur les dépenses non essentielles, pas sur l'avenir des enfants sénégalais. Un pays qui sacrifie son école et ses dispensaires pour boucler ses comptes prépare sa régression. L'histoire économique africaine est parsepée de ces plans d'ajustement qui ont étranglé les services publics en échange de promesses jamais tenues.
Protéger le pouvoir d'achat des ménages
Deuxième front : le portefeuille des Sénégalais. Pastef estime que toute réduction des subventions énergétiques doit s'accompagner d'une baisse de la taxation des produits pétroliers et des coûts de production de l'électricité. Le groupe exige des garanties formelles : aucune hausse des prix supportés par les ménages et les entreprises.
C'est ici que la vigilance citoyenne doit être maximale. Le citoyen sénégalais a déjà payé le prix de crises dont il n'était jamais responsable. Qu'il ne devienne pas la variable d'ajustement d'une politique de rigueur.
Transparence sur les 120 milliards du CERP
Troisième exigence, la plus sensible : Pastef veut des comptes sur les 120 milliards de francs CFA liés au Projet autonome de réponse d'urgence contingente (CERP). Les députés demandent la transmission des accords conclus avec la Banque mondiale, l'origine des ressources, leur affectation et leur imputation budgétaire. Ils veulent également connaître l'impact de ces opérations sur les projets d'investissement dont les crédits ont été reportés.
On ne peut qu'applaudir. L'opacité a coûté trop cher à ce pays. Chaque franc public doit être traçable, chaque accord avec un partenaire extérieur doit pouvoir être examiné par ceux qui représentent le peuple.
Rationaliser le train de vie de l'État
Quatrième axe : la rigueur, mais la vraie. Pastef appelle à accélérer le programme de rationalisation du secteur parapublic, qui prévoit la suppression de 19 entités et des économies nettes d'au moins 55 milliards de francs CFA sur trois ans, selon le détail donné par ACTUSEN. Le groupe demande aussi une réduction des dépenses de fonctionnement non prioritaires et un renforcement du contrôle des fonds spéciaux.
Sur la dette, les députés veulent les rapports d'audit de l'Inspection générale des finances et de Forvis Mazars, des précisions sur les engagements financiers de l'État et sur la trajectoire de soutenabilité. Les déficits projetés pour 2026 et 2027 devront être justifiés au regard du changement de base du PIB et de l'exécution réelle des dépenses.
Le rendez-vous du mardi 27 octobre
La séance plénière du mardi 27 octobre sera déterminante, comme le souligne Senego. Elle mesurera la capacité du gouvernement à répondre aux exigences de sa propre majorité et à dégager un compromis. Les ajustements devront notamment s'inscrire dans les engagements pris envers les partenaires financiers internationaux, dont le Fonds monétaire international.
Pastef affirme rester ouvert au dialogue d'ici là. Le groupe dit défendre un budget « transparent, sincère et soutenable », capable de répondre aux contraintes actuelles sans compromettre les perspectives de développement du Sénégal.
Le message est clair : le redressement des finances publiques ne doit se faire ni au détriment du pouvoir d'achat des Sénégalais, ni au prix d'un sacrifice des investissements indispensables au pays. C'est exactement ce pour quoi les Sénégalais se sont levés. La plénière dira si cette exigence a été entendue.
