Le président de la Banque confédérale pour l'investissement et le développement de l'AES, Balibe Serge Auguste Bayala, a appelé mardi 28 octobre 2026 à Moscou à une refonte profonde des relations économiques entre la Russie et l'Afrique, fondée sur l'égalité réelle et la définition conjointe des priorités.
Intervenant lors du 3e Sommet Russie-Afrique, tenu les 28 et 29 octobre dans la capitale russe selon Bamada.net, le responsable sahélien a livré un réquisitoire sans complaisance contre un commerce encore trop concentré et déséquilibré, rapporte Senenews.
« L'égalité n'est pas un aspect diplomatique »
Interrogé sur le rôle de la banque de la Confédération des États du Sahel, Bayala a d'emblée posé ses conditions. Pour lui, l'égalité entre partenaires ne se décrète pas dans les protocoles, elle se construit dans les faits.
« Pour nous, l'égalité n'est pas un aspect diplomatique. C'est beaucoup plus sérieux que cela. Pour nous, c'est définir ensemble les priorités. »
Il a rejeté l'idée d'une coopération bâtie sur des projets préétablis, apportés clés en main par un partenaire qui aurait déjà tout décidé. « Nous allons les définir ensemble, parce que chacun a un agenda », a-t-il insisté, rappelant au passage que l'Afrique, ce n'est pas un pays, mais plusieurs pays.
L'orateur a d'ailleurs raconté une anecdote survenue à l'aéroport de Rabat, en route vers Moscou. Un agent de sécurité marocain, contrôlant son passeport, lui avait lancé : « Ah, c'est un partenaire stratégique. » Une formule qui l'a accompagné tout le vol. « Est-ce que le fait que ce soit un partenariat stratégique veut dire que c'est un partenariat d'égal à égal ? », s'est-il demandé.
Des échanges à 90 % concentrés sur le pétrole, le blé et les métaux
Invitant les participants à « regarder de façon très froide » les partenariats existants, Bayala a dressé un état des lieux qui interpelle. Pratiquement 90 % des échanges russo-africains se limitent au pétrole et à ses dérivés, à la commercialisation du blé et aux métaux. Et ce sont principalement les produits russes qui convergent vers l'Afrique, pas l'inverse.
« Il y a besoin de diversification. C'est un élément important », a-t-il tranché.
Le déséquilibre est aussi géographique. Sur ces 90 % de matières, au moins 70 % convergent vers trois pays d'Afrique du Nord. L'Afrique subsaharienne, centrale, de l'Est et australe se partagent les miettes. Pour Bayala, l'enjeu est double : diversifier les produits, mais aussi couvrir l'ensemble du continent.
Un agenda africain pluriel que Moscou doit intégrer
Le président de la BCID-AES a ensuite détaillé la pluralité des cadres de référence africains que les partenaires russes doivent prendre en compte : l'agenda 2063 de l'Union africaine, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les agendas des organisations sous-régionales comme la Confédération des États du Sahel, et enfin les agendas propres à chaque État.
« Il est important que nous ayons cette image globale au niveau de l'Afrique, au niveau des sous-ensembles et des États, pour ne pas commettre la même erreur de partenariat qui a eu lieu par le passé avec d'autres pays ou d'autres entités », a-t-il averti.
Ce sommet s'inscrit dans une dynamique déjà bien amorcée. Selon l'Agence de Presse Africaine, la Russie avait transmis dès avril 2026 des invitations aux dirigeants des pays de l'AES, avec des échanges portant sur le développement du dialogue et la préparation de consultations ministérielles. Le premier sommet s'était tenu à Sotchi en octobre 2019, le deuxième à Saint-Pétersbourg en juillet 2023.
La leçon pour l'Afrique : balayer devant sa porte
Bayala n'a pas ménagé son propre camp. L'égalité exige des efforts réciproques, et le continent a ses responsabilités. « Nous avons à peine moins de 16 % d'intégration des marchés en Afrique », a-t-il relevé, s'appuyant sur la présence du représentant de la Banque africaine dans la salle.
Ce chiffre, si l'on prend le temps de le méditer, dit tout. Comment négocier d'égal à égal quand les Africains échangent si peu entre eux ? La question de l'égalité « devient quelque chose, je ne dirais pas d'utopique, mais que nous devons construire à moyen et long terme », a-t-il nuancé.
Il a conclu sur l'objectif réel de la rencontre : une transformation structurelle profonde des économies, des deux côtés. « Le meilleur baromètre, dans tous les cas, restera les populations à la base », a-t-il soutenu.
Une tribune diplomatique, mais des attentes concrètes
Comme le note la BBC, ce sommet offre à Moscou une tribune pour démontrer son rayonnement diplomatique, mais la présence des participants et les discours ne suffiront pas à établir la profondeur réelle de son influence. Le continent n'attend plus des déclarations, il attend des actes.
La voix portée par l'AES à Moscou résonne au-delà du Sahel. Elle rappelle une évidence trop souvent oubliée : l'Afrique n'est plus un espace à découper en zones d'influence, mais un continent d'acteurs souverains qui entendent définir eux-mêmes leurs priorités. Le Sénégal, acteur historique de la diplomatie africaine, a tout intérêt à suivre ce dossier de près, car c'est l'avenir économique du continent qui se joue dans ces enceintes.
Le baromètre final, selon Bayala, sera simple : les populations à la base. C'est à cette aune que ce sommet sera jugé.
Questions fréquentes
Quand se tient le 3e Sommet Russie-Afrique ?
Il se tient les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, après Sotchi en 2019 et Saint-Pétersbourg en 2023.
Qui est Balibe Serge Auguste Bayala ?
Il est le président de la Banque confédérale pour l'investissement et le développement de l'AES (BCID-AES), l'organe financier de la Confédération des États du Sahel.
Quelle est la part du pétrole, du blé et des métaux dans les échanges ?
Près de 90 % des échanges russo-africains concernent le pétrole et ses dérivés, le blé et les métaux, dont au moins 70 % convergent vers trois pays d'Afrique du Nord.
