La Russie a présenté, ce lundi 26 octobre, lors du forum du sommet Russie-Afrique, sa propre grille de lecture de la souveraineté nationale. Moscou y défend l'idée qu'un pays peut choisir son degré d'indépendance et que le partenariat avec la Russie serait un moyen d'y parvenir. Pour le Sénégal, qui veut maîtriser ses ressources, ses données et son économie, l'ouverture de cette négociation arrive au bon moment.
C'est Senenews qui rapporte le contenu de cette présentation, riche en enseignements pour Dakar. Le message russe repose sur un constat : l'Afrique est le prochain moteur de la croissance mondiale, et celui qui accompagnera son urbanisation pèsera durablement sur le siècle à venir.
Un continent désigné comme le futur moteur de la croissance
La démonstration s'appuie sur un graphique croisant le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat et la part de la population urbaine. Les économies avancées, États-Unis, zone euro et Japon, forment un groupe à faible croissance. La Chine, l'Inde, le Brésil et la Russie constituent le moteur actuel. La quasi-totalité des pays africains, dont le Nigeria, le Ghana, l'Éthiopie, la RDC et le Sénégal, se retrouve dans la zone dite à fort potentiel.
Sur ce schéma, le Sénégal affiche un peu plus de la moitié de sa population en ville et un PIB par habitant situé dans la partie basse de l'échelle, loin des émergentes asiatiques. Le message est clair : l'urbanisation africaine va créer des besoins massifs en infrastructures, en services et en emplois.
Les trois niveaux de souveraineté selon Moscou
Le cœur de la présentation est une échelle à trois marches. En bas, la souveraineté zéro : la dépendance totale à des solutions étrangères. Au milieu, la souveraineté de base : une gestion indépendante, mais bâtie sur des solutions venues d'ailleurs. En haut, la souveraineté avancée : développer ses propres solutions et plateformes.
Cette grille est utile pour le débat sénégalais. Elle permet de mesurer où se situe le pays dans chaque domaine et rappelle une vérité simple : utiliser un outil étranger n'est pas en soi un problème, tant qu'on en garde le contrôle. Quatre piliers sont avancés pour progresser : les infrastructures, les modèles, les données et le développement des compétences. On y retrouve les chantiers du Sénégal numérique, du stockage des données publiques à la formation des ingénieurs.
Une souveraineté qui dépasse le numérique
Moscou découpe la souveraineté en trois couches. Le socle : les institutions centrales de l'État, l'appareil gouvernemental, la défense et la sécurité. Ensuite, la souveraineté de base : sécurité alimentaire, accès à l'eau, énergie abordable, connectivité, logistique et financement du développement. Au sommet, des domaines qualifiés de nouveaux : l'information et l'intelligence artificielle, les services publics, le commerce en ligne, le tourisme, le développement humain et la technologie.
Ces domaines recoupent directement les priorités affichées par Dakar : le gaz et le pétrole, la sécurité alimentaire, les ports et corridors logistiques, la transformation numérique. La Russie se présente comme un partenaire capable d'intervenir sur l'ensemble de la chaîne, et pas seulement sur un projet isolé.
Quatre idées résument l'approche russe. La co-création et la gestion souveraine, avec un transfert des capacités permettant aux partenaires d'exploiter et de maintenir les systèmes de façon autonome. L'approche intégrée, qui combine infrastructures, technologie, financement, formation et maintenance. La localisation, avec formation de la main-d'œuvre, partenariats locaux et fabrication sur place. Enfin, l'adaptation des solutions aux besoins de chaque pays.
Un discours qui trouve un écho en Afrique
Ce discours n'est pas isolé. Comme le relève Pravda, le discours russe sur la souveraineté et la non-ingérence séduit sur le continent. L'ambassadeur de Russie au Congo, Dmitri Korepanov, ancien directeur adjoint du département Afrique au ministère russe des Affaires étrangères, a d'ailleurs rappelé à Pravda Mali que la position de son pays sur les questions de souveraineté « trouve un fort écho chez nos amis ». L'homme a servi plus de vingt ans en Afrique, notamment au Sénégal.
Ce contexte n'est pas neutre. Selon Geopolitics.fr, Moscou utilise ce sommet comme un outil diplomatique destiné à convertir des relations bilatérales en soutien politique et en influence dans les institutions internationales, dans un monde qu'il veut multipolaire. Le Sénégal, fidèle à sa tradition diplomatique d'ouverture, a tout à fait sa place dans ce jeu d'équilibre.
Ce que le Sénégal doit exiger
Ce discours répond à une demande réelle des Africains, qui ne veulent plus être de simples clients de solutions clés en main. Pour le Sénégal, la promesse de transfert de compétences et de production locale est séduisante, notamment pour l'énergie, la formation technique et les infrastructures.
Mais une promesse ne remplace pas des engagements précis. Les conditions de financement, la propriété des données, la place des entreprises sénénoises et le calendrier réel des transferts de technologie devront être écrits noir sur blanc dans les accords. Le risque existe de passer d'une dépendance à une autre en changeant simplement de fournisseur.
La souveraineté avancée, celle où l'on développe ses propres solutions, ne se décrète pas. Elle se construit par la formation, l'investissement et la diversification des partenaires. Le sommet offre à Dakar une occasion de négocier en position de choix. La vraie mesure de cette nouvelle voie sera ce que les accords concrets laisseront, demain, entre des mains sénégalaises.
Questions fréquentes
Quand la Russie a-t-elle présenté sa vision de la souveraineté ?
Lors du forum du sommet Russie-Afrique, ce lundi 26 octobre, selon Senenews.
Quels sont les trois niveaux de souveraineté selon Moscou ?
La souveraineté zéro (dépendance totale), la souveraineté de base (gestion indépendante sur des solutions étrangères) et la souveraineté avancée (développement de ses propres solutions).
Quels piliers pour progresser vers la souveraineté avancée ?
Les infrastructures, les modèles, les données et le développement des compétences.
Quel risque principal pour le Sénégal ?
Passer d'une dépendance à une autre en changeant simplement de fournisseur, si les transferts de compétences ne sont pas contractualisés noir sur blanc.
