Le Premier ministre Al Aminou Lo a mis en garde, ce samedi 25 octobre 2026, contre les conséquences d'une motion de censure qui emporterait le Gouvernement à quelques semaines des Jeux de la jeunesse de Dakar. Il écarte pour l'instant d'engager la responsabilité de son équipe devant l'Assemblée nationale, mais prévient que l'Exécutif fera usage de toutes ses prérogatives constitutionnelles si le blocage persiste.
La déclaration, rapportée par Senenews, intervient dans un contexte de franche tension entre le Gouvernement et le groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes, qui a refusé d'adopter la loi de finances rectificative 2026 en commission des finances, selon Seneweb. Le pays se prépare à accueillir le monde entier en 2026, et c'est précisément le moment que choisissent certains pour brandir la menace d'une chute du Gouvernement.
Ce que le Premier ministre a dit, et ce qu'il n'a pas dit
Al Aminou Lo privilégie le dialogue pour sortir de l'impasse. Mais sa mise en garde est ferme : si la volonté de blocage se maintient, l'Exécutif utilisera tous les outils dont la Constitution le dote. « Si un blocage doit perdurer, nous allons utiliser tous les outils institutionnels », a-t-il lancé, selon Senegal7. Une phrase courte, sans détail, mais qui change la tonalité du débat public.
Le Premier ministre pointe un risque précis : un vide gouvernemental à quelques jours de l'ouverture des Jeux de la jeunesse, au moment où l'image du Sénégal est scrutée par le monde entier. Voter une censure maintenant, c'est exposer le pays au chaos institutionnel devant les caméras du monde. Le sens des responsabilités commanderait d'attendre, ou mieux, de dialoguer. Pastef en a-t-il encore la volonté ?
La menace de Sonko : une arithmétique disponible, une responsabilité historique
L'hypothèse de censure n'a rien de théorique. Le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a rappelé à plusieurs reprises que la censure demeure une prérogative constitutionnelle de l'Assemblée. Il l'a brandie une nouvelle fois lors d'un meeting à Touba. Rappelons les faits : selon l'article 86 de la Constitution, le vote d'une motion de censure ne peut intervenir que deux jours francs après son dépôt, et son adoption provoque la démission du Gouvernement. Avec sa très large majorité, Pastef en a les moyens arithmétiques.
Les moyens arithmétiques, oui. Mais la politique ne se réduit pas à un comptage de sièges. Faire tomber un Gouvernement à l'approche des JOJ Dakar 2026, alors que le Sénégal s'apprête à montrer au monde sa capacité d'organisation, serait un choix lourd de conséquences pour la nation tout entière. Les citoyens sont en droit de se demander qui, dans cette confrontation, sert le pays, et qui sert ses seuls calculs partisans.
Les leviers constitutionnels de l'Exécutif
En promettant d'user de « toutes les prérogatives » de l'Exécutif, Al Aminou Lo n'a pas précisé lesquelles. Plusieurs leviers existent pourtant dans le texte fondamental, selon Senego, qui s'est penché sur la question.
La dissolution de l'Assemblée nationale
Le premier levier est la dissolution, prévue par l'article 87 de la Constitution. Elle relève du chef de l'État, qui doit recueillir l'avis du Premier ministre et celui du président de l'Assemblée. Le texte l'interdit durant les deux premières années de législature. Or les députés actuels ont été installés le 2 décembre 2024 : ce verrou saute début décembre 2026. Le décret de dissolution fixerait alors la date du scrutin, qui doit se tenir entre soixante et quatre-vingt-dix jours plus tard, et l'Assemblée dissoute ne pourrait plus se réunir.
Le vote bloqué
L'Exécutif dispose aussi du vote bloqué, qui permet au Gouvernement de demander un vote unique sur un texte en ne retenant que les amendements qu'il accepte. Ce mécanisme existe dans les textes, mais il n'a jamais été appliqué au Sénégal.
Le décret en matière budgétaire
Le troisième levier concerne le budget. L'article 68 prévoit que, si le Parlement ne vote pas la loi de finances dans les délais, le chef de l'État peut en mettre les dispositions en vigueur par décret. Cette disposition vise la loi de finances de l'année ; son application à une loi rectificative prête à discussion entre juristes. Le Conseil constitutionnel reste enfin une voie éprouvée : l'Exécutif l'a déjà saisie sur les fonds spéciaux, avec à la clé l'annulation, le 15 octobre, de la loi organique votée par l'Assemblée.
Mardi 27 octobre : le test de la plénière
L'examen de la loi de finances rectificative en plénière, mardi 27 octobre à 10 heures, jouera le rôle de test. Le Premier ministre y voit l'occasion de ramener la majorité à des amendements écrits, sur le fondement de l'article 82. Il a aussi averti que, si les crédits de subvention s'épuisent, aucun comptable public ne pourra les exécuter. Autrement dit : le blocage parlementaire finit toujours par se payer dans la vie réelle des Sénégalais, des projets suspendus, des subventions gelées.
Reste à savoir si la menace voilée de ces options pèsera sur les choix de Pastef, ou si elle durcira la confrontation à l'approche des Jeux. Le Premier ministre n'a désigné aucune de ces options, et leur portée exacte, notamment pour l'article 68 appliqué à une loi rectificative, mériterait l'avis d'un constitutionnaliste.
Questions fréquentes
Une motion de censure peut-elle renverser le Gouvernement sénégalais ?
Oui. Selon l'article 86 de la Constitution, l'adoption d'une motion de censure provoque la démission du Gouvernement. Pastef, très largement majoritaire à l'Assemblée nationale, en a les moyens arithmétiques.
Le président peut-il dissoudre l'Assemblée nationale ?
Oui, en vertu de l'article 87, après avis du Premier ministre et du président de l'Assemblée, mais pas durant les deux premières années de la législature. Ce verrou saute début décembre 2026, les députés ayant été installés le 2 décembre 2024.
Quand la loi de finances rectificative sera-t-elle examinée ?
L'examen en plénière est prévu mardi 27 octobre 2026 à 10 heures à l'Assemblée nationale.
