Le tribunal des flagrants délits de Diourbel a examiné, le 22 octobre 2026, le dossier d'une commerçante de Touba qui accuse une veuve de 62 ans et un bijoutier de l'avoir dépouillée de plus de 20 millions de francs CFA. Le procureur a requis six mois de prison ferme contre chacun des deux prévenus, et l'affaire a été mise en délibéré.
L'histoire, rapportée par DAKARACTU.COM sur la base des informations du quotidien L'Observateur, dit beaucoup de choses sur les réseaux de confiance qui prospèrent dans l'ombre de nos places marchandes, et sur les prêteurs sur gage qui opèrent hors de tout agrément officiel.
Une mère de substitution installée dans la vie de la victime
Les faits remontent loin. Après le décès de la mère d'A. Diop en 1999, D. Lo, veuve sexagénaire, se serait progressivement immiscée dans la vie de la commerçante, jusqu'à lui proposer de la considérer comme sa propre fille. Une proximité affective qui, selon la partie civile, a servi de socle à des sollicitations financières répétées.
La veuve invoquait des difficultés administratives autour d'un important héritage laissé par son défunt mari. Pour débloquer cette succession fantôme, il fallait de l'argent. Et la « fille adoptive » a donné, encore et encore.
Des millions versés, des bijoux gagés, un crédit après l'autre
Le mécanisme s'est accéléré en janvier 2026. A. Diop aurait contracté un prêt de trois millions de francs CFA auprès de la banque Baobab pour venir en aide à la veuve, en prenant elle-même en charge les intérêts. En février, elle aurait accepté de mettre ses bijoux en gage pour obtenir des fonds supplémentaires destinés à la sexagénaire.
À ce stade, selon L'Observateur, la commerçante affirme avoir remis 12 millions de francs CFA sans le moindre remboursement. En mars, elle aurait encore souscrit un emprunt bancaire de quatre millions de francs CFA au profit de D. Lo. À Touba comme ailleurs, ce type de montage rappelle que l'usure déguisée en solidarité familiale détruit des patrimoines entiers, pendant que l'État lutte pour structurer la finance formelle.
Le bijoutier sans agrément et les 15 millions exigés
La rupture est venue d'un échange avec B. Thiam, bijoutier de 52 ans. La commerçante aurait appris qu'une somme de 15 millions de francs CFA lui était réclamée pour récupérer ses bijoux. Face à cette exigence et aux explications confuses qui l'accompagnaient, elle a déposé plainte auprès du commissariat spécial de Touba, sur la base d'un soit-transmis du procureur de Mbacké.
L'enquête a aussi mis au jour les activités financières du bijoutier. Selon le quotidien, celui-ci gérait un établissement financier sans agrément et exigeait des intérêts mensuels de 1,25 million de francs CFA sur les 12 millions initialement prêtés à la veuve. Un taux qui dit tout du système.
Ce dossier survient dans un contexte sensible pour la corporation des bijoutiers de la région. Comme l'a rapporté Seneweb, les bijoutiers de Touba et de Mbacké ont manifesté une semaine après l'assassinat de Modou Khabane Guéye, tué dans sa bijouterie de la Zac Mbao le 17 octobre 2026, pour réclamer justice et interpeller directement le président Diomaye. Un secteur fragilisé, que ce type d'affaire ne peut qu'enfoncer dans l'opinion.
Deux prévenus qui se renvoient la balle
Lors de l'audience du 22 octobre, les deux prévenus se sont mutuellement renvoyé la responsabilité des opérations. Le bijoutier a fini par reconnaître l'illégalité de son activité de prêt sur gage, tandis que la défense de la victime produisait des enregistrements audio et des documents bancaires à l'appui de ses dires.
Le procureur a requis six mois de prison ferme contre chacun des prévenus. Me El Hadji Diouf, avocat de la partie civile, a réclamé 50 millions de francs CFA de réparation et demandé que les mécanismes de contrainte prévus par la loi permettent le recouvrement des sommes dues. À l'issue de l'audience, les deux prévenus ont regagné leur cellule dans l'attente de la décision du tribunal.
Vigilance citoyenne : ce que cette affaire nous enseigne
Au-delà du feuilleton judiciaire, cette affaire pose une question de société. Des femmes et des hommes qui travaillent dur à Touba, à Dakar ou ailleurs, voient leurs économies parties en fumée sous couvert de liens affectifs et de promesses d'héritage. La confiance n'est pas un contrat. La solidarité n'est pas un chèque en blanc.
Il faut saluer le travail des forces de l'ordre du commissariat spécial de Touba et l'action du parquet de Mbacké, qui ont permis de démanteler ce montage. Mais la vigilance doit être celle de chacun : vérifier la légalité d'un prêteur, refuser les opérations en espèces sans trace écrite, alerter les autorités dès le premier soupçon. Le Sénégal qui se construit, celui de la justice sociale et de l'État de droit que défend le président de la République, ne laisse pas ses commerçants seuls face aux exploiteurs de tous poils.
Ce que risgent les prévenus dans cette affaire de Touba
Quelle peine a été requise contre la veuve et le bijoutier ?
Le procureur a requis six mois de prison ferme contre chacun des deux prévenus, lors de l'audience du 22 octobre 2026 devant le tribunal des flagrants délits de Diourbel. Le jugement a été mis en délibéré.
Quel montant la victime réclame-t-elle ?
Me El Hadji Diouf, avocat de la partie civile, a demandé 50 millions de francs CFA de réparation et sollicité l'application des mécanismes de contrainte permettant le recouvrement des sommes dues.
Quelle somme A. Diop affirme-t-elle avoir perdue ?
La commerçante de Touba estime avoir été dépouillée de plus de 20 millions de francs CFA, en espèces et en bijoux, entre les versements directs, les prêts bancaires et les bijoux mis en gage.
