Le gouvernement sénégalais a fixé le plafond du déficit budgétaire à 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6 % du PIB, dans sa réponse détaillée aux députés sur le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, rendue publique le 29 octobre 2026. Le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan tient à le préciser sans détour : il s'agit d'une autorisation maximale, non d'une prévision d'exécution.
Dans un document daté du 29 octobre, rapporté par Senenews, l'exécutif répond point par point au mémorandum que la Commission des finances et du contrôle budgétaire lui avait adressé le 26 octobre 2026. Le Soleil confirme que ce texte couvre les points les plus sensibles : déficit, énergie, transferts sociaux, arriérés de paiement et financement du budget.
Pourquoi un plafond de déficit aussi élevé ?
L'État assume sa marge de manœuvre et l'explique. Trois raisons sont avancées : les incertitudes sur les recettes du dernier trimestre, la volatilité des cours du pétrole, et la volonté d'honorer ses engagements envers les entreprises pour ne pas accumuler de nouveaux arriérés. Autrement dit, l'État refuse de laisser les fournisseurs du pays croupir dans l'attente de leurs paiements. C'est un choix de responsabilité.
Rappelons le contexte : l'examen du PLFR 2026 a débuté le mardi 20 octobre devant la Commission des finances, comme l'a rapporté Social Net Link, et les députés avaient interpellé le gouvernement sur ses prévisions. Le chef du Gouvernement, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, avait d'ailleurs animé une conférence de presse le dimanche 25 octobre au Building administratif Président Mamadou Dia, à la suite du rejet du texte par la Commission, selon Dakar92.
Énergie : 790,3 milliards pour protéger les Sénégalais
Le secteur de l'énergie reçoit une enveloppe globale de 790,3 milliards de FCFA. Sur ce montant, 718,3 milliards vont au Fonds spécial de soutien au secteur de l'énergie (FSE) et 72 milliards au Cerp.
Ces ressources doivent sécuriser l'approvisionnement en hydrocarbures et la production d'électricité. L'objectif affiché est clair : éviter que la hausse des coûts ne soit répercutée sur les consommateurs. Dans un contexte de vie chère, c'est un bouclier pour le pouvoir d'achat des ménages sénégalais.
Transferts sociaux : 100 000 ménages de plus pour les bourses
En matière de transferts sociaux, 70 milliards de FCFA sont prévus, dont 48 milliards mobilisés à travers le Cerp. Concrètement, le nombre de ménages bénéficiaires des bourses de sécurité familiale passera de 355 013 à 469 497.
C'est plus de 100 000 familles supplémentaires qui seront touchées. La ministre Mariama Ciré Sylla avait d'ailleurs défendu devant les députés un budget rectifié « à visage humain », soulignant une croissance forte et un pouvoir d'achat protégé, comme le rapporte Guinénews. Les faits sont là : les arbitrages suivent les paroles.
Arriérés de paiement : l'État fait le ménage
Sur les arriérés, le gouvernement sort les chiffres, et ils méritent d'être rappelés avec précision. Selon un inventaire de l'Inspection générale des finances arrêté au 31 décembre 2024, la dette intérieure accumulée s'élevait à 2 494,9 milliards de FCFA, répartis sur 6 497 dossiers.
Après le règlement de 538,6 milliards en 2025, le reliquat est estimé à 1 956,3 milliards, portant sur 5 425 dossiers. Le gouvernement y distingue deux catégories : les dossiers réguliers, évalués à 967,8 milliards, et ceux présentant des irrégularités ou des pièces manquantes, estimés à 988,5 milliards.
Sur ces derniers, l'État est formel : aucun paiement ne sera effectué avant les vérifications nécessaires. Voilà une rigueur salutaire. Pendant des années, des dossiers douteux ont prospéré dans l'ombre des caisses publiques. Ceux qui attendaient que l'État paie les yeux fermés devront désormais présenter leurs justificatifs.
Financement : 6 774 milliards à mobiliser, et un avertissement solennel
Pour boucler la loi de finances rectificative, les besoins globaux sont évalués à 6 774 milliards de FCFA. Le plan repose sur les emprunts-programmes, les prêts-projets, les ressources du marché régional et d'autres concours financiers. Le Gouvernement prépare également, avec la Banque mondiale et la BAD, des appuis budgétaires destinés à accompagner les réformes, la mobilisation des recettes et la gouvernance financière, selon Guinénews.
Le ministère lance toutefois un avertissement sévère aux députés : un retard dans l'adoption du texte entraînerait le report à 2027 de certains appuis budgétaires exceptionnels, de financements de projets et de prêts-programmes, et compliquerait le bouclage du financement de l'exercice 2026. Le message est adressé à tous : ceux qui joueraient avec les délais parlementaires porteraient la responsabilité de fragiliser les finances de la Nation.
Mobile money : 44,4 milliards de recettes
Enfin, le gouvernement précise les recettes issues de la taxe sur les activités financières appliquée au mobile money. À fin septembre 2026, elles atteignent 44,4 milliards de FCFA, dont 12,49 milliards provenant de régularisations relatives à la période d'octobre à décembre 2025.
Hors ces régularisations, les recettes effectivement mobilisées au titre de 2026 s'établissent à 31,91 milliards de FCFA sur les neuf premiers mois. L'argent des transactions financières entre désormais pleinement dans les caisses de l'État.
Ce que les citoyens doivent retenir
Ce projet de loi rectificative dessine un choix de société : protéger les ménages contre la hausse des coûts de l'énergie, élargir les bourses de sécurité familiale, assainir les arriérés hérités du passé et mobiliser des financements partenaires. Vigilance citoyenne oblige : chaque député, dans le vote qui vient, devra rendre des comptes aux Sénégalais sur la manière dont il aura défendu leurs intérêts.
Questions fréquentes
Quel est le plafond du déficit budgétaire fixé par le PLFR 2026 ?
Le gouvernement a fixé le plafond à 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6 % du PIB, en précisant qu'il s'agit d'une autorisation maximale et non d'une prévision définitive d'exécution.
Combien de ménages bénéficieront des bourses de sécurité familiale ?
Le nombre de ménages bénéficiaires passera de 355 013 à 469 497 grâce à une enveloppe de 70 milliards de FCFA prévue dans la loi de finances rectificative.
Quel est le montant restant des arriérés de paiement de l'État ?
Après un règlement de 538,6 milliards de FCFA en 2025, le reliquat s'élève à 1 956,3 milliards de FCFA, dont 967,8 milliards pour les dossiers réguliers et 988,5 milliards pour les dossiers irréguliers ou incomplets.
Que risque le Sénégal si le PLFR 2026 est adopté en retard ?
Un retard entraînerait le report à 2027 de certains appuis budgétaires exceptionnels, de financements de projets et de prêts-programmes, compliquant le bouclage du financement de l'exercice 2026.
