Deux hommes ont été placés sous mandat de dépôt à Guédiawaye pour association de malfaiteurs et actes contre nature. C. T. Sonko, 27 ans, restaurateur à Zac-Mbao, et M. Fall, 22 ans, tailleur à Médina-Gounass, comparaîtront ce lundi devant le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye, rapporte Senenews.
Les faits remontent au 2 novembre 2026. Ce jour-là, les deux hommes se retrouvent aux deux voies de Sam-Notaire, un rendez-vous organisé sur Snapchat. La rencontre tourne court. Une bagarre éclate, un commerçant du quartier Cheikh Wade s'interpose, et le différend finit au commissariat central de Guédiawaye. Ce qui devait être une simple explication entre deux internautes est devenu une affaire judiciaire.
Sam-Notaire, un rendez-vous qui dérape
C'est A. L. Mbaye, commerçant revenant de la mairie de Guédiawaye, qui raconte la scène aux enquêteurs. Alerté par la bagarre, il se précipite et voit l'un des deux hommes poser sa main sur le cou de l'autre. Il les sépare, puis demande des explications.
M. Fall parle d'abord d'un problème d'argent. Puis, pressé de questions, le tailleur lâche une autre version : C. T. Sonko le poursuivrait pour obtenir une relation amoureuse et des rapports sexuels. Le commerçant conduit alors les deux hommes au commissariat.
Le détail qui change tout surgit de la sacoche de C. T. Sonko. A. L. Mbaye affirme y avoir trouvé une enveloppe fermée contenant 14 préservatifs, un paquet de pastilles et une bouteille de lubrifiant. Le restaurateur, lui, assure avoir présenté lui-même le sac, expliquant que M. Fall lui avait demandé de lui apporter ces produits.
La version du restaurateur : une vieille blessure à Marakissa
Entendu par les policiers, C. T. Sonko reconnaît que son interpellation est liée à une affaire d'homosexualité. Il nie catégoriquement toute pratique de cette nature. Il remonte alors quatre ans en arrière, quand il souffrait d'une tumeur à l'estomac.
Sa famille l'aurait conduit dans son village natal de Marakissa, à Ziguinchor, pour se faire soigner auprès d'un marabout, M. L. Diédhiou. C. T. Sonko accuse ce marabout d'avoir profité de sa vulnérabilité pour commettre des actes contre nature sur lui. Il décrit des frottements de sexe contre ses fesses jusqu'à éjaculation, à trois reprises. Il nie avoir été sodomisé.
Pourquoi n'avoir rien dénoncé à l'époque ? Il invoque son état de santé et l'opération chirurgicale qu'il venait de subir. Il dit aussi ignorer si le marabout vit toujours à Marakissa, n'y étant jamais retourné.
Sur sa rencontre avec M. Fall, il donne une tout autre chronologie. Les deux hommes se connaissent depuis le 31 octobre 2026, toujours sur Snapchat. Le tailleur lui aurait demandé des préservatifs et une bouteille d'huile de massage, prétextant un rendez-vous avec un partenaire. C. T. Sonko cite les échanges, les publications de pizza, les messages en wolof. Il nie avoir envisagé de passer du bon temps avec lui : il avait faim, dit-il, et le repas n'était pas prêt chez lui au moment du départ.
M. Fall : « j'ai monté un piège »
Le tailleur, célibataire et père d'un enfant, oppose une version radicalement différente. Il affirme avoir tendu un piège à C. T. Sonko pour le démasquer et le livrer à la police. Il aurait fait croire à un intérêt pour ses propositions afin de l'attirer à Guédiawaye. Il jure n'avoir jamais entretenu de rapports homosexuels de sa vie.
M. Fall raconte l'arrivée de son visiteur vers 16 heures, après un appel annonçant qu'il se trouvait au commissariat d'arrondissement de Pikine. Il lui demande de patienter le temps d'un tour à la boutique et alerte ses amis. Quand le groupe veut passer à l'action, C. T. Sonko tente de se dégager et crie à l'agression. L'intervention d'A. L. Mbaye conduit tout ce monde au commissariat.
Sur les préservatifs et l'huile, M. Fall dément les avoir sollicités. Il soutient que C. T. Sonko les a apportés de son propre gré, persuadé qu'ils allaient avoir des rapports. Il l'accuse aussi d'avoir tenté de lui imposer une version commune, à l'interpellation comme à l'hôpital, lors de l'examen médical.
Le tailleur évoque des messages plus explicites encore, dont une question sur la taille de son sexe, et un vocal où son interlocuteur promettait une huile de massage à utiliser à tour de rôle.
Ce que dit le dossier
Les policiers ont placé sous scellés une sacoche noire, une enveloppe beige avec 14 préservatifs, une bouteille d'huile de massage et deux téléphones iPhone. Des réquisitions ont été envoyées à l'hôpital Idrissa Pouye de Grand-Yoff pour des consultations médicales et des tests de dépistage du VIH/sida. Les résultats se sont révélés négatifs.
Le dossier pose une question de fond que la justice devra trancher : qui dit vrai ? Deux récits se font face, deux hommes libres jusqu'à lundi, et une procédure qui s'appuie sur des messages, des objets et des témoignages. Le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye entendra les deux versions ce lundi. La parole du commerçant, témoin direct de la scène, pèsera dans le débat.
Reste un point que les réseaux sociaux ont rendu banal : Snapchat comme lieu de rendez-vous, et ses conversations qui deviennent des pièces à conviction. La justice sénégalaise est désormais appelée à lire ces échanges à la lettre, avec les conséquences que l'on connaît pour les personnes mises en cause.
Questions fréquentes
Pourquoi C. T. Sonko et M. Fall ont-ils été placés sous mandat de dépôt ?
Les deux hommes sont poursuivis pour association de malfaiteurs et actes contre nature. Ils ont été interpellés aux deux voies de Sam-Notaire, à Guédiawaye, après une altercation née d'un rendez-vous fixé sur Snapchat.
Quand seront-ils jugés ?
Ils comparaîtront ce lundi devant le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye, selon les informations de Senenews.
Qu'a révélé l'enquête du commissariat central de Guédiawaye ?
L'enquête a établi que le rendez-vous avait été organisé sur Snapchat. Une sacoche noire contenant 14 préservatifs, une bouteille d'huile de massage et des pastilles a été placée sous scellés, ainsi que deux téléphones iPhone. Les tests de dépistage du VIH/sida effectués à l'hôpital Idrissa Pouye de Grand-Yoff se sont révélés négatifs.
