Me Aïssata Tall Sall a déclaré, jeudi 5 novembre, que la loi de finances rectificative 2026, rejetée la veille à l'Assemblée nationale, avait acté la mort du PRES, le programme phare du Premier ministre Ousmane Sonko.
« Ce projet de loi de finances rectificative a consacré quand même quelque chose, c'est la mort du PRES », a lancé la présidente du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal devant la presse, selon DAKARACTU.COM. Une sortie qui s'inscrit dans la crise institutionnelle ouverte par le rejet, le 3 novembre, de la LFR sans débat, via une question préalable adoptée par 109 voix contre 20 et trois abstentions. Le groupe Takku Wallu Sénégal a qualifié ce rejet de « forfaiture », comme le rapporte également Seneweb.
Un enterrement politique assumé
La ministre de la Justice sous Macky Sall n'a pas laissé planer le doute sur sa position. « L'acte de décès est dressé ; c'est vrai que, tant qu'on n'a pas constaté le décès, on n'est pas enterré. Donc on a enterré le PRES », a-t-elle tranché, reprenant les termes de sa déclaration liminaire.
Pour l'élue, la LFR 2026, quoi qu'on en pense, aura eu au moins un mérite : révéler au grand jour l'état réel du Programme économique et social du Sénégal. Un constat qu'elle oppose frontalement à la majorité Pastef, accusée d'avoir voulu étouffer toute discussion budgétaire en empêchant le débat parlementaire.
Le théâtre du Grand Théâtre
Me Aïssata Tall Sall est revenue sur la scène fondatrice du programme : la présentation du PRES par Ousmane Sonko au Grand Théâtre de Dakar, en grandes pompes. L'ironie a été mordante.
« Rappelez-vous quand Ousmane Sonko l'a présenté au Grand Théâtre. Quand on fait du théâtre, effectivement, on est habilité à aller au Grand Théâtre. C'était déjà du théâtre à l'époque, nous l'avions bien compris, et nous leur avions dit : vous n'irez pas loin avec le PRES », a-t-elle déclaré.
La formule est cinglante. Elle résume, pour l'opposition, l'écart béant entre la communication gouvernementale et la traduction budgétaire d'un programme présenté comme le levier majeur de la politique économique du pays.
721 milliards annoncés, 173 encaissés : le trou béant
Au-delà des formules, la responsable politique a brandi des chiffres. Selon elle, le PRES devait mobiliser « 721 et quelques milliards » de francs CFA. Dans les faits, « 300 et quelques à peine » auraient été dégagés, et « 173 » effectivement encaissés.
Précision de rigueur : ces données, citées par l'élue, n'ont pas pu être vérifiées dans l'immédiat auprès des services compétents. Elles n'en dessinent pas moins, si elles se confirment, un écart vertigineux entre l'annonce et la réalité. « Vous n'irez pas loin avec le PRES », a répété Me Aïssata Tall Sall, comme pour marteler le constat.
« Les mêmes qui applaudissaient ce budget »
La sortie de la présidente du groupe Takku Wallu Sénégal intervient dans un contexte de tension institutionnelle rare entre la majorité et l'opposition. Et l'ancienne garde des sceaux a poursuivi sur le terrain de la contradiction politique.
« Ce sont les mêmes qui applaudissaient ce budget en décembre 2025 qui viennent aujourd'hui dire qu'il n'est pas sincère. Et on n'a même pas changé de ministre des Finances », a-t-elle ironisé.
Le message est limpide : pour Takku Wallu Sénégal, la mort du PRES n'est pas seulement comptable, elle est politique. Elle illustre l'écart entre les promesses de rupture brandies par le pouvoir et la gestion réelle des finances publiques. Le gouvernement et sa majorité ne peuvent plus, dans cette logique, revendiquer la sincérité budgétaire.
Enterrement définitif ou simple suspension ?
Reste une question, et elle n'est pas anodine : le PRES est-il réellement enterré, ou seulement suspendu ? Me Aïssata Tall Sall, elle, n'a pas laissé planer le doute. « On a enterré le PRES », a-t-elle répété.
La majorité Pastef n'a pas réagi dans l'immédiat à ces accusations. Mais dans un pays où chaque sigle programmatique porte une promesse politique, l'acte de décès dressé par l'opposition pourrait bien peser dans le débat public à venir. Les Sénégalais, qui avaient entendu parler de milliers de milliards au moment du lancement du programme, auront désormais les chiffres en main pour juger.
C'est précisément là que se joue la vigilance citoyenne : exiger que la parole publique soit tenue, que les budgets annoncés soient les budgets réalisés, et que le débat parlementaire, étouffé le 3 novembre, retrouve toute sa place dans la vie démocratique du pays.
