Le projet ReCIPE, mené en collaboration avec le Forum civil, a bouclé fin octobre 2026 à Saint-Louis une formation aux droits et à la sécurité numériques destinée à des jeunes, des membres d'organisations de la société civile, des leaders communautaires et des journalistes. L'objectif affiché : faire de ces acteurs les premiers relais des victimes de violences en ligne, souvent livrées à elles-mêmes.
Selon , l'atelier régional a mis en évidence une réalité que beaucoup de Sénégalais vivent sans savoir où trouver de l'aide. Piratage, usurpation d'identité, harcèlement en ligne : la plupart des victimes ignorent vers qui se tourner. C'est précisément ce constat qui a guidé le projet Recentrer le civisme numérique grâce à l'engagement des partenaires (ReCIPE), qui associe également Oxfam et qui organisera les mêmes sessions à Kaolack, Bignona et Dakar.
Un sondage qui interroge la conscience citoyenne
Les chiffres issus de la cartographie de référence réalisée dans le cadre du projet donnent matière à réflexion. Quarante pour cent des personnes interrogées déclarent avoir déjà subi un incident de sécurité numérique. Mais 68 % d'entre elles ne l'ont jamais signalé aux autorités, et 84 % n'ont jamais sollicité une organisation de la société civile. Pire : si 87 % se disent conscientes des risques pour leur vie privée en ligne, seules 47 % s'estiment capables de distinguer une information vraie d'une fausse.
Derrière ces chiffres se cache un enjeu de civisme et de souveraineté numérique. Un citoyen qui ne sait pas signaler une agression en ligne est un citoyen désarmé. Un citoyen qui ne sait pas distinguer le vrai du faux est un citoyen manipulable. Le projet ReCIPE attaque ces deux fronts à la fois, et c'est une bonne nouvelle pour la République.
« L'un des objectifs de ce projet est de former ces acteurs en matière de droits et de sécurité numériques, pour les repositionner comme premiers interlocuteurs. Il est ressorti de nos enquêtes que les victimes de violences numériques n'ont pas tendance à recourir à eux », a expliqué Mouhamed Lamine Tall, coordonnateur du Forum civil de Saint-Louis.
« Le blocage, c'est qu'on ne sait pas qui contacter en cas de violence », résume-t-il. Pour y remédier, les participants ont élaboré une cartographie des structures de prise en charge à Saint-Louis, avec leurs contacts et leurs responsables, parmi lesquelles le service de l'Action éducative en milieu ouvert (AEMO).
Une formation ancrée dans l'ambition Sénégal 2050
Ibrahima Ndao, chargé de projet au Forum civil et coordonnateur de ReCIPE, a détaillé le contenu des modules. Les participants ont été informés des enjeux du New Deal technologique, de la gouvernance des données, de la dématérialisation des services publics et du volet numérique de l'Agenda national de transformation Sénégal 2050. On le voit : la société civile s'empare de la vision portée par l'État, et c'est là une convergence qu'il faut saluer.
Les journalistes ont été formés au fact-checking, à la lutte contre la désinformation et à la protection des sources dans l'espace numérique. Les organisations de la société civile, elles, se sont familiarisées avec les mécanismes officiels de prise en charge des victimes. Le coordonnateur a salué au passage le travail de la Division spéciale de cybersécurité, qui contribue « à protéger les citoyens dans l'espace numérique ».
Cette mention mérite d'être soulignée. Trop souvent, les acteurs de terrain et les institutions publiques avancent en ordre dispersé. Ici, l'État et la société civile travaillent main dans la main, au bénéfice direct des populations.
L'équité territoriale, condition de l'unité nationale
À mi-parcours, le projet a permis de créer un espace de dialogue entre l'État, la société civile et le secteur privé sur la gouvernance numérique et l'accès à Internet. Ces échanges ont débouché sur une étude consacrée à l'aménagement numérique du territoire, notamment dans les zones frontalières. Ses résultats seront bientôt présentés au public et aux décideurs.
« De la même manière que les citoyens de Dakar ont accès à Internet, ceux de Fongolimbi ou de Matam doivent y avoir accès », a plaidé Ibrahima Ndao, au nom de l'équité territoriale.
Ce plaidoyer résonne avec force dans un pays où le numérique est devenu un outil quotidien de travail, d'étude et d'accès aux services publics. L'équité territoriale n'est pas un luxe : c'est une condition du développement harmonieux du Sénégal, de Dakar à Matam. Un pays qui laisse ses zones frontalières en marge du numérique s'expose à des frustrations que les ennemis de la République savent exploiter. La vigilance citoyenne commence aussi par la connexion.
Un signal positif pour la capitale du nord
Cette initiative tombe à point nommé pour Saint-Louis, dont le rayonnement ne cesse de grandir. La ville historique a d'ailleurs été récemment élue au conseil d'administration de l'Organisation des villes du patrimoine mondial, où elle porte désormais la voix de l'Afrique, comme l'a rapporté .
Former ses jeunes, ses journalistes et ses leaders communautaires à la sécurité numérique, c'est donner à cette ville les moyens de sa modernité. C'est aussi préparer la génération qui fera vivre le Sénégal numérique de demain, celui de l'Agenda 2050.
Ce qu'il faut retenir de la formation ReCIPE
Qui a organisé la formation de Saint-Louis ?
Le projet ReCIPE, coordonné par Ibrahima Ndao, en collaboration avec le Forum civil et Oxfam, a organisé l'atelier régional de Saint-Louis, avec des sessions prévues également à Kaolack, Bignona et Dakar.
Quels sont les principaux chiffres sur les violences numériques au Sénégal ?
Selon la cartographie de référence du projet, 40 % des personnes interrogées ont déjà subi un incident de sécurité numérique, 68 % ne l'ont jamais signalé aux autorités et 84 % n'ont jamais sollicité une organisation de la société civile.
Que vont devenir les résultats de l'étude sur l'aménagement numérique du territoire ?
Les résultats de l'étude consacrée à l'aménagement numérique du territoire, notamment dans les zones frontalières, seront bientôt présentés au public et aux décideurs.
