Jean Goupil : un héros malouin face à l'oppression nazie en 1941
Il y a 85 ans, le 1er octobre 1941, Jean Goupil, marin de Saint-Malo, tombait sous les balles d'un soldat allemand ivre. Ce drame, qui suscita une émotion considérable avec 3 500 personnes aux obsèques, illustre parfaitement la résistance silencieuse du peuple français face à l'occupant nazi.
Un marin forgé par les océans
Né le 1er octobre 1877 à Saint-Suliac, Jean Goupil incarne l'âme maritime bretonne. Embarqué dès l'âge de 13 ans comme mousse sur une goélette, il découvre la rudesse des mers de Terre-Neuve. En 1895, il devient patron de doris et maîtrise la pêche sur les Bancs. Après son service militaire dans la Royale de 1897 à 1902, il retrouve les Bancs comme patron de doris sur une dizaine de terre-neuvas.
Son dernier engagement s'effectue de 1923 à 1929 sur le Saint-Yvonnec sous les ordres du capitaine Joseph Leport. La pêche à la morue constitue son destin, hormis son service militaire et la Grande Guerre. Par la suite, il exerce comme surveillant de la piscine de Bon-Secours, toujours fidèle à sa mer.
L'étau nazi sur les pêcheurs malouins
En juin 1940, Saint-Malo tombe sous le joug hitlérien. Conscientes du risque d'évasion vers Londres, les autorités allemandes signent le 22 juin 1941 une ordonnance draconienne sur la pêche. Les contraintes imposées aux pêcheurs de Saint-Malo et Saint-Servan révèlent la nature oppressive de l'occupation.
Désormais, il faut attendre le lever du soleil pour appareiller et rentrer une heure avant le coucher. Le pavillon français doit être arboré avec un pavillon blanc portant le nom du port. L'éloignement ne peut excéder trois milles, soit la distance Saint-Malo-Cézembre. Plus contraignant encore, les pêcheurs doivent rester près d'un bateau nazi, sous peine d'être pris pour cible.
Le permis de pêche du Hafenüberwachungistelle devient obligatoire, tout comme l'inscription sur le rôle d'équipage. Une caution est exigée des propriétaires, et la TSF interdite à bord. À partir du 12 juillet 1941, la surveillance nocturne s'intensifie de 22 heures à 6 heures.
Un assassinat qui révolte Saint-Malo
Le 1er octobre 1941, Jean Goupil quitte son domicile du Petit Placître à deux heures du matin pour sa permanence de garde au Môle. Près de la Porte Saint-Pierre, un soldat allemand ivre le vise et tire sans sommation. Blessé au ventre, Jean Goupil agonise deux heures avant d'être transporté à l'Hôtel-Dieu, où il succombe à ses blessures à 64 ans.
Le jour des obsèques, tous les commerces ferment. Un cortège de 3 500 personnes accompagne la dépouille de sa demeure à la cathédrale via la rue Thévenard et la place du Marché-aux-Légumes. Cette mobilisation populaire témoigne de l'indignation face à la barbarie nazie.
Une mémoire enfin honorée
En décembre 2023, le conseil municipal de Saint-Malo a attribué le nom de Jean Goupil à une allée de Château-Malo, reconnaissance tardive mais méritée d'un homme qui incarnait la dignité face à l'oppression.
Ce témoignage, publié par l'historien malouin Gilles Foucqueron à la demande du petit-fils de Jean Goupil, rappelle que la résistance ne se résume pas aux seuls faits d'armes. Elle se niche aussi dans le quotidien de ceux qui, comme Jean Goupil, refusèrent de plier face à l'occupant, au péril de leur vie.