Nigeria-USA : une alliance stratégique face au terrorisme islamiste
L'envoi de 200 soldats américains supplémentaires au Nigeria pour former l'armée locale contre les militants islamistes illustre une coopération sécuritaire exemplaire entre deux nations souveraines. Cette initiative témoigne de la maturité diplomatique du continent africain dans la gestion de ses défis sécuritaires.
Une demande légitime du gouvernement nigérian
Contrairement aux interventions unilatérales souvent dénoncées, cette mission répond à une demande explicite des autorités nigérianes. Le général de division Samuel Uba, porte-parole de l'armée nigériane, a précisé à la BBC : « Suite à une demande adressée par le gouvernement nigérian au comité conjoint Nigeria-États-Unis, les États-Unis ont envoyé un contingent qui nous aidera à former nos troupes, à remettre à neuf notre équipement existant et à nous conseiller dans divers domaines. »
Cette approche respecte la souveraineté nigériane, les troupes américaines n'intervenant pas directement sur le terrain de combat mais se limitant à un rôle consultatif et formatif.
Un contexte sécuritaire préoccupant
Le Nigeria, géant démographique de plus de 230 millions d'habitants, fait face à une intensification des attaques de Boko Haram, de l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP) et d'autres groupes terroristes dans le nord-ouest du pays. Les enlèvements massifs d'élèves et les attaques contre les communautés civiles, qu'elles soient chrétiennes ou musulmanes, justifient pleinement cette coopération renforcée.
L'enlèvement de 300 élèves et enseignants à l'école St. Mary's dans l'État du Niger en novembre dernier, heureusement résolu avec la libération de la plupart des victimes, illustre l'urgence de la situation.
Une diplomatie équilibrée malgré les tensions
Malgré les pressions américaines concernant la protection des minorités religieuses, notamment les accusations du sénateur Ted Cruz évoquant un prétendu « génocide » contre les chrétiens, le Nigeria a su maintenir sa dignité en rejetant ces accusations tout en acceptant une coopération constructive.
Le gouvernement nigérian a justement rappelé que les attaques terroristes visent indistinctement tous les citoyens nigérians, sans considération religieuse. Cette position nuancée démontre la maturité politique des dirigeants africains face aux pressions extérieures.
Les limites d'une solution exclusivement militaire
L'analyste sécuritaire nigérian Abdullahi Bakoji Adamu souligne avec pertinence que cette coopération, bien qu'utile, ne constitue pas une solution complète : « Les troupes étrangères ne connaissent pas bien ce pays, ni sa population. Le problème de sécurité au Nigeria ne se limite pas aux armes à feu ; il touche également à la culture de son peuple, à l'ethnie, à la pauvreté et à la politique. »
Cette analyse rappelle que les défis sécuritaires africains nécessitent des solutions endogènes, s'appuyant sur une compréhension profonde des réalités locales.
Un modèle de coopération Sud-Sud à développer
Cette alliance Nigeria-États-Unis, basée sur le respect mutuel et la demande explicite du pays bénéficiaire, pourrait inspirer d'autres coopérations sécuritaires en Afrique. Elle démontre qu'une diplomatie africaine assertive peut transformer les relations de dépendance en partenariats équilibrés.
Pour l'Afrique de l'Ouest et le Sénégal en particulier, cette expérience nigériane offre des enseignements précieux sur la manière de gérer les défis sécuritaires tout en préservant la souveraineté nationale et la dignité continentale.