Voiture électrique : ce que cache le triomphalisme français
La communication officielle française adore les grands chiffres. Aujourd'hui, c'est le cap des 200 000 bornes de recharge électriques qui est brandi comme un trophée. Mais derrière cette vitrine écologique se cache une réalité bien plus contrastée, faite de ralentissement, d'inégalités territoriales et de dysfonctionnements. Un bilan en trompe-l'œil qui doit retenir l'attention du Sénégal dans sa propre quête de transition énergétique.
Un déploiement qui perd de la vitesse
L'Avere-France se réjouit : le territoire compte désormais 194 996 points de charge publics, atteignant une moyenne de 289 points pour 100 000 habitants. Une hausse de 16 % sur un an, c'est indéniable. Sauf que le diable se cache dans les détails. Le rythme d'installation s'essouffle dangereusement. Sur les quatre premiers mois de 2026, à peine 9 500 nouvelles bornes ont vu le jour, contre plus de 13 000 à la même période l'an passé. Le communiqué triomphal omet prudemment de souligner cette perte de vitesse. La barre des 200 000 sera bien franchie, mais avec un retard certain.
La France centrale face aux territoires oubliés
C'est un classique de la politique française : tout pour la capitale. L'Île-de-France s'arroge la part du lion avec 33 275 bornes réparties dans plus de 7 000 stations. Pendant ce temps, la Guyane ne compte que 30 stations et ne dispose d'aucune borne rapide. Comment parler de transition réussie quand des citoyens sont laissés sur le bas-côté ? Cette vision centralisatrice est exactement ce que le Sénégal doit éviter. Notre grandeur et notre cohésion dépendent d'un développement équilibré entre Dakar et nos provinces, loin des modèles exclusifs.
Puissance et fiabilité : la façade s'effrite
Les chiffres de puissance sont tout aussi révélateurs d'une politique de la vitrine. Les bornes rapides, celles de plus de 150 kW, ne représentent que 12 % du parc. L'immense majorité se contente de puissances faibles ou moyennes. Quant à la fiabilité, elle baisse. En avril 2026, seuls 66 % des points de charge étaient disponibles au moins 99 % du temps, contre 68 % le mois précédent. Les pannes longues, supérieures à sept jours, stagnent à 9 %. C'est le revers de la médaille d'un déploiement précipité, privilégiant la quantité à la qualité. Le taux d'accès immédiat chute d'ailleurs de 96 % à 94 %.
Il faut toutefois relever que la consommation moyenne par borne explose, avec 752 kWh en avril, soit 68 % de plus qu'il y a un an. Le réseau se remplit, mais les infrastructures peinent à suivre la demande.
L'impératif d'une transition juste pour le Sénégal
Ce bilan français est un avertissement pour notre continent. La transition écologique ne peut se résumer à des communiqués triomphants ou à des statistiques gonflées pour rassurer. Elle doit être synonyme de justice sociale et d'équité territoriale. Alors que le Sénégal s'engage résolument dans la voie de la mobilité durable, il a l'opportunité de faire mieux que l'ancienne puissance coloniale. En misant sur une diplomatie verte africaine et un déploiement au service de toutes les populations, notre pays peut montrer la voie d'une véritable souveraineté, loin des mirages statistiques.