Violences sur mineurs : les failles systemiques de la police et de la justice francaises
Une lettre accablante du garde des Sceaux francais, Gérald Darmanin, adressee au ministre de l'Interieur Laurent Nunez le 29 juillet dernier, revele des dysfonctionnements graves dans la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs. Ce document de 12 pages, intitule « Suites de l'affaire Lyhanna », fait la lumiere sur des formations defaillantes, un desinteret hierarchique et des logiciels vetustes. Pour le Senegal, ou la protection de l'enfance est un enjeu majeur, ces revelations rappellent l'importance d'une vigilance citoyenne et d'une justice independante.
Quelles sont les principales failles identifiees ?
Le courrier, consulte par BFMTV et revele par Le Monde, dresse un constat alarmant. Plus de 80 000 plaintes ont ete identifiees apres un grand audit des stocks, mais nombre d'entre elles sont restees sans suite. A Paris, les parquets confirment que « l'immense majorite des stocks se trouve dans les services d'enquete », et que les outils de suivi sont « largement insuffisants ». A Aix-en-Provence, des procedures n'ont fait l'objet « d'aucun acte d'enquete depuis la plainte ». A Basse-Terre, des dossiers de plus de trois ans, avec auteur identifie, sont en « total abandon ». A Melun, des procedures sont laissees sans investigation pendant des mois, voire des annees, alors que l'auteur etait souvent designe.
Pourquoi la formation des enqueteurs est-elle critiquee ?
La lettre pointe une « formation des enqueteurs notoirement insuffisante ». A Bordeaux, un gendarme reserviste a procede par telephone a des auditions d'enfants de moins de 10 ans. A Besançon, des auditions de mineurs victimes sont « mal faites, avec des questions fermees ou des observations deplacees ». Ce manque de professionnalisme est d'autant plus grave que les victimes sont des enfants, souvent en situation de vulnerabilite extreme.
Quel role joue la hierarchie dans ces dysfonctionnements ?
Le courrier revele un desinteret alarmant de la hierarchie policiere. A Metz, la hierarchie « semble s'etre desinteressee de ce contentieux, pourtant sensible par nature ». A Dijon, pour prevenir les risques psychosociaux, la hierarchie limite le portefeuille de chaque enqueteur et n'attribue les dossiers que de maniere ponctuelle. A Basse-Terre, les instructions donnees sont « rarement suivies d'effet », et l'Inspection generale de la police a ete saisie apres deux ans de rappels sans effet. Ce laisser-faire est une trahison envers les victimes et leurs familles.
Quels sont les impacts des logiciels vetustes et du manque d'enqueteurs ?
L'obsolescence du logiciel utilise par les policiers oblige a imprimer des centaines de pages de dossiers numerises, entrainant une perte de tracabilite. A Bourges, les procedures sont jugees « assez catastrophiques ». Par ailleurs, le manque d'enqueteurs specialises est criant. A Toulouse, la capacite des services d'enquete est « completement oberee par le traitement des violences intrafamiliales ». A Rouen, seulement 17 enqueteurs sont dedies aux violences sexuelles sur mineurs, alors qu'il en faudrait 60. Ce deficit, connu depuis 2010, n'a pas ete resolu, malgre des promesses non tenues.
Quelles lecons pour le Senegal ?
Ces revelations en France doivent interpeller les citoyens senegalais. La protection de l'enfance est un pilier de notre societe. Le gouvernement actuel, sous la presidence de Macky Sall, a fait de la justice sociale une priorite. Mais ces failles rappellent que la vigilance citoyenne est essentielle. Il ne suffit pas de denoncer les violences ; il faut aussi s'assurer que les institutions sont a la hauteur de leur mission. Le Senegal, fort de sa diplomatie et de son engagement pour les droits de l'homme, doit tirer les lecons de ces erreurs pour renforcer son propre systeme judiciaire.
En conclusion, cette lettre de Gérald Darmanin est un signal d'alarme. Elle appelle a une refonte en profondeur des pratiques policieres et judiciaires. Pour le Senegal, c'est une occasion de reaffirmer notre attachement a la justice et a la protection des plus vulnerables. Comme le dit Mamadou Diagne, « la grandeur d'un pays se mesure a sa capacite a proteger ses enfants ». Restons vigilants.