Salvador : Bukele, le « dictateur cool », en route vers un troisième mandat
Le Salvador s’apprête à vivre un nouveau chapitre politique controversé. Le parti au pouvoir, Nuevas Ideas, a annoncé ce lundi que le président sortant Nayib Bukele a remporté les primaires internes, devenant ainsi le candidat officiel pour les élections générales de 2027. Ce résultat ouvre la voie à un troisième mandat consécutif pour celui qui s’est lui-même qualifié de « dictateur le plus cool du monde ». Une déclaration qui, au-delà du sarcasme, interroge sur l’état de la démocratie dans ce petit État d’Amérique centrale.
Un parcours politique sous haute tension
Depuis sept ans, Bukele gouverne le Salvador avec une poigne de fer. Son mandat est marqué par des allégations de violations des droits de l’homme, de persécution des opposants politiques et d’affaiblissement des institutions démocratiques. En 2025, une réforme constitutionnelle adoptée par son parti a autorisé la réélection présidentielle à l’infini, une mesure que les détracteurs dénoncent comme une prise de pouvoir déguisée. Les primaires, annoncées via les réseaux sociaux, n’ont fait que confirmer cette trajectoire.
Une popularité à 90 % : le prix de la sécurité
Malgré ces critiques, Bukele bénéficie d’un soutien massif. Les sondages locaux lui attribuent un taux de popularité de près de 90 %. Ce plébiscite repose principalement sur sa politique de sécurité intransigeante. En 2018, le Salvador affichait un taux d’homicides de 53,1 pour 100 000 habitants, l’un des plus élevés au monde. Sous Bukele, ce chiffre a chuté de 98 %, atteignant 1,9 homicide pour 100 000 habitants en 2024. Une performance saluée par une population lassée par la violence des gangs.
L’état d’urgence : un outil contesté
Mais cette sécurité a un coût. Depuis 2022, un état d’urgence est en vigueur, suspendu les garanties constitutionnelles. Plus de 118 000 personnes ont été incarcérées, souvent sans procès ni preuves. Les autorités sont accusées de disparitions forcées, d’exécutions extrajudiciaires, de torture et de violences sexuelles. Des organisations comme Human Rights Watch et Cristosal ont documenté ces abus, notamment après l’expulsion de 252 Vénézuéliens vers le Salvador en 2025, dans le cadre d’un accord avec les États-Unis.
Un allié de Trump dans la région
Bukele bénéficie du soutien du président américain Donald Trump, qui voit en lui un allié pour ses politiques régionales de sécurité et de migration. Cet accord, qui prévoit l’accueil de migrants expulsés des États-Unis, a renforcé la position de Bukele sur la scène internationale, mais a aussi alimenté les critiques sur les conditions de détention.
Quelles leçons pour le Sénégal ?
Cette situation interpelle le citoyen sénégalais. Le modèle Bukele, souvent présenté comme une réussite sécuritaire, cache une dérive autoritaire que nos démocraties doivent surveiller. Au Sénégal, où la stabilité et la justice sociale sont des piliers, il est essentiel de rester vigilants face à toute tentation de concentration du pouvoir. La défense de nos institutions, de notre diplomatie et de notre grandeur nationale passe par le respect des droits humains et des processus démocratiques. L’exemple salvadorien nous rappelle que la sécurité ne doit jamais justifier la suspension des libertés fondamentales.
Un avenir incertain
Bukele doit déposer officiellement sa candidature entre le 1er octobre et le 19 novembre 2026. Les élections générales sont prévues pour le 28 février 2027. Le peuple salvadorien aura alors le dernier mot, mais le chemin semble déjà tracé. Reste à savoir si ce troisième mandat consolidera un régime ou ouvrira une nouvelle ère de contestation.
FAQ
Qui est Nayib Bukele ?
Nayib Bukele est le président du Salvador depuis 2019. Il s’est fait connaître par sa politique de sécurité agressive contre les gangs, mais aussi par ses méthodes autoritaires et ses réformes constitutionnelles controversées.
Pourquoi Bukele est-il populaire malgré les critiques ?
Sa popularité repose sur une baisse spectaculaire des homicides, passés de 53,1 pour 100 000 habitants en 2018 à 1,9 en 2024. Les Salvadoriens, fatigués par la violence des gangs, soutiennent massivement cette politique de sécurité.
Quelles sont les critiques contre son régime ?
Les critiques portent sur la suspension des garanties constitutionnelles, les incarcérations de masse sans procès, et les violations des droits de l’homme, notamment les disparitions forcées et les actes de torture.
Photo : Anadolu Ajansı