Justice des mineurs : le cri d'alarme d'un tribunal français après l'affaire Lyhanna
Au Sénégal comme ailleurs, la protection de l'enfance est un combat de chaque instant. Mais que se passe-t-il quand la machine judiciaire elle-même s'essouffle ? C'est la question que pose le drame de la petite Lyhanna, dont l'onde de choc a traversé les frontières. En France, le Garde des Sceaux a ordonné un réexamen des plaintes pour violences sur mineurs. Nos confrères de France Télévisions ont pu suivre le travail d'une procureure à Boulogne-sur-Mer. Le tableau est glaçant.
Un tribunal submergé par les dossiers d'enfants en danger
Derrière son apparente sérénité, c'est dans un tribunal sous pression que les équipes de France Télévisions entrent, exceptionnellement autorisées à filmer le parquet des mineurs de Boulogne-sur-Mer. Le constat est sans appel : une avalanche de dossiers dans lesquels des enfants sont en danger écrase les magistrats.
Lorsque son téléphone sonne, c'est l'issue d'une plainte pour violences sexuelles sur mineurs qui est en jeu. Cécile Gressier, procureure de la République, écoute une gendarme évoquer une plainte vieille de trois ans : le viol d'une jeune fille par son père. En quelques minutes, la magistrate décide des suites. Mais le chemin est long. « Il faut avoir un expert psychiatre pour le mis en cause. Il faut avoir un expert psychologue pour la victime. Tout ça va prendre du temps. Ça interroge la capacité des services d'enquête et leur nombre suffisant d'enquêteurs pour pouvoir traiter ces procédures », soulève Cécile Gressier.
550 affaires en souffrance, seulement 9 prioritaires
Des viols, des attouchements sur des enfants, comme dans un camp scout en 2023 : autant de procédures au délai de traitement jugé dépassé sont exhumées depuis un mois par Cécile Gressier et ses équipes. 550 au total sont recensées sur ses listings. Parmi elles, seulement 9 ont été identifiées comme prioritaires. « Est-ce que la victime est toujours en contact avec l'auteur ? Ce sera évidemment le premier critère qui imposera de mener des actes en urgence et surtout de veiller à ce que cette victime soit mise à l'abri », précise la procureure.
Un manque criant de temps et de moyens
Le 14 juillet, tous les procureurs de France devront avoir réexaminé ces affaires, ordre de la chancellerie suite à l'électrochoc causé par la mort de Lyhanna. À Boulogne-sur-Mer, les 12 magistrats du parquet sont mobilisés pour les passer au crible, en plus du flot incessant de signalements qui continue d'affluer.
La substitut de permanence, ce jour-là, prend connaissance du viol d'une adolescente de 16 ans, la semaine dernière. Une procédure de plus, dans un quotidien déjà saturé. « En réalité, le but, c'est de faire de l'enfance un sanctuaire et de protéger les enfants. C'est indispensable de poursuivre sur le volet pénal les infractions aux préjudices des enfants. En revanche, à moyens constants, je ne suis pas certaine de pouvoir faire des enquêtes de meilleure qualité. Le volume traité et y faire face, c'est extrêmement complexe », assure Kenza Laatar, substitut du Procureur à la division des mineurs et de la famille.
Quels enseignements pour le Sénégal ?
Face à la hausse des signalements de violences sexuelles sur mineurs, les tribunaux français espèrent obtenir des moyens pour tenir leurs engagements sur la durée. Ce constat, venu d'ailleurs, résonne fortement chez nous. Au Sénégal, où la protection de l'enfance est un pilier de notre justice sociale, il nous interpelle sur l'urgence de doter nos propres institutions des moyens nécessaires. La grandeur d'une nation se mesure aussi à sa capacité à protéger ses plus vulnérables. Restons vigilants.
FAQ : Comprendre les enjeux de l'affaire Lyhanna
Qu'est-ce que l'affaire Lyhanna ?
Lyhanna est une fillette dont la mort tragique a provoqué un électrochoc en France, poussant le Garde des Sceaux à ordonner un réexamen national de toutes les plaintes pour violences sur mineurs en cours.
Pourquoi les tribunaux sont-ils submergés ?
Les magistrats manquent de temps et de moyens humains. À Boulogne-sur-Mer, 550 affaires sont en souffrance, mais seules 9 sont jugées prioritaires en raison des ressources limitées.
Quel lien avec le Sénégal ?
Cette situation rappelle l'importance d'investir dans une justice protectrice de l'enfance, un enjeu universel de justice sociale et de souveraineté nationale.