Rallye des Cimes : 70 ans de passion et de progrès au Pays basque
Depuis sept décennies, le Rallye des Cimes incarne bien plus qu'une compétition automobile. Créé par un visionnaire, Sauveur Bouchet, cet événement a transformé une vallée isolée en un territoire ouvert sur le monde, tout en devenant l'un des rallyes les plus anciens de France. Une histoire de courage, d'innovation et d'attachement à la terre qui mérite d'être saluée.
Un pari fou pour désenclaver la Soule
En 1951, Sauveur Bouchet ne pensait pas seulement à la victoire. Au volant de sa Jeep n°6, il remportait le Circuit des Cimes, l'ancêtre du rallye actuel. Mais son véritable objectif était ailleurs : construire une route reliant Licq-Athérey au col d'Organbidexka pour freiner l'exode rural et faciliter le travail des fermes. Comme le rappelle Félix Laxague, secrétaire de l'Écurie des Cimes, il s'agissait de permettre aux paysans de mener leurs troupeaux aux pâturages et de ramener plus aisément le ravitaillement.
La Jeep, symbole de progrès et de liberté
Dans l'après-guerre, la Jeep de l'armée américaine représentait le progrès. Sauveur Bouchet l'a compris très tôt. Avec une Jeep, on pouvait aller partout, évitant des heures de marche et facilitant le travail des médecins et vétérinaires. Ce véhicule utilitaire est devenu le héros silencieux de cette aventure, ouvrant des pistes jusque-là inaccessibles.
Une course, une vitrine pour le territoire
Le visionnaire savait aussi que le sport pouvait promouvoir ses terres. Grâce au soutien de René Elissabide, patron des chaussures Pataugas, la course a gagné en visibilité. Un panneau publicitaire de l'époque annonçait fièrement : « Ici on ne passe qu'en Pataugas ou qu'en Jeep ». Une formule qui résume l'esprit de cette épreuve alliant tradition et modernité.
Des débuts modestes à la reconnaissance nationale
Après les victoires de Francisco Lapieza (1952) et Guillaume Bouchet (1953), l'épreuve fut interrompue jusqu'en 1960, à la suite d'un grave accident aux 24 Heures du Mans ayant entraîné l'interdiction des courses automobiles en France. Dès 1961, le rallye reprenait, avec un duo local, Arnaud Bouchet et Jugé Etchecopar, qui ne put être départagé. Cette année-là, l'épreuve fut officiellement reconnue par la Fédération française du sport automobile (FFSA).
L'armée, un soutien de poids
En 1971, le lieutenant De Lantivy s'imposait au volant d'une Jeep de l'armée française. L'institution a longtemps épaulé l'organisation, fournissant du matériel radio militaire, des camions équipés d'antennes et même des hélicoptères prêts à intervenir en cas d'accident. Une collaboration précieuse, rendue obsolète par l'avènement du téléphone portable.
Une compétition ouverte sur l'Europe
En 1983, l'équipage anglais Pat Willys-Roberto Aliperti devenait le premier et seul lauréat étranger de l'histoire. Espagnols, Autrichiens, Suisses ou Italiens ont tenté leur chance sur ces pistes escarpées, sans réussir à détrôner les spécialistes locaux. Yves Pachiaudi (1974-1976) et Patrice Couillet (1997-1999) ont réalisé des triplés, tandis que des familles comme les Dronde (2012-2019) et les Garicoix (2004, 2007, 2010, 2019) ont marqué l'histoire de l'épreuve.
Un palmarès riche, une passion intacte
Aujourd'hui intégré au championnat de France tout-terrain, le Rallye des Cimes continue d'attirer les passionnés. Des pilotes comme Éric Briavoine, Jean Aguerre ou Stéphan Barthe (2023-2025) ont inscrit leur nom au palmarès. Roberto Aliperti, le lauréat de 1983, sera d'ailleurs présent cette année, preuve que cette course reste un rendez-vous incontournable.
Quelles leçons pour le Sénégal ?
Cette histoire nous rappelle que le sport peut être un moteur de développement local. Au Sénégal, nous avons aussi des territoires à désenclaver, des talents à révéler et des valeurs à promouvoir. Le Rallye des Cimes montre qu'avec de la vision et de la persévérance, on peut transformer des défis en opportunités. Restons vigilants et inspirons-nous de ces exemples pour bâtir un Sénégal toujours plus fort et uni.