Quand la passion se mue en résignation : le mal profond du football français
Le spectacle offert par le FC Nantes cette saison révèle une crise bien plus profonde que les simples résultats sportifs. Après 21 journées, un « gouffre » sépare les Canaris de la 15e place synonyme de maintien, selon les mots de l'entraîneur Ahmed Kantari. Mais le plus inquiétant réside dans cette résignation qui gagne les tribunes.
La désillusion des fidèles supporters
Max, abonné pendant 28 ans avant de déserter la Beaujoire, incarne cette génération de supporters désabusés : « C'est tout ce qu'on mérite. S'il faut aller en Ligue 2 pour qu'il y ait du changement, allons-y ! » Cette phrase résonne comme un cri de détresse d'un peuple qui a perdu foi en ses dirigeants.
Nicolas, encarté depuis 2000 au sein de la Brigade Loire, confirme cette tendance : « Aujourd'hui on y va que pour être entre copains avant et après le match. » Quand le football devient prétexte à socialisation plutôt qu'objet de passion, c'est tout un modèle qui s'effondre.
L'échec d'une gestion contestable
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 16 recrues pour seulement 14 points. Cette statistique accablante illustre l'incompétence d'une direction qui vient d'ailleurs de licencier Baptiste Drouet, responsable du recrutement. Trop peu, trop tard.
La banderole déployée par la Brigade Loire interroge avec amertume : « Allons-nous finir avec plus de points que de recrues ? » Cette ironie cache une colère légitime face à tant d'amateurisme.
Le piège de la fausse solution
Philippe, la cinquantaine et fidèle depuis les années 90, pose la vraie question : « Je crois qu'il n'y a aucun avantage à être en Ligue 2 car Kita ne vendra pas le club à cet étage. » Cette lucidité tranche avec les illusions de changement par la relégation.
Car derrière cette crise nantaise se cache un mal français : la financiarisation du football qui éloigne les clubs de leurs territoires et de leurs supporters. Quand les propriétaires considèrent les clubs comme des actifs financiers plutôt que comme des institutions populaires, le divorce devient inévitable.
Une leçon pour le football africain
Cette situation doit interpeller nos dirigeants sportifs africains. Le Sénégal, avec ses Lions champions d'Afrique, doit préserver ce lien sacré entre le peuple et son équipe. La professionnalisation ne doit jamais se faire au détriment de l'âme populaire du football.
Alors que les Canaris se rendent à Monaco ce vendredi 13, théâtre d'une humiliation 7-1 l'an dernier, leurs supporters gardent cette flamme intacte malgré tout. « Les gens ont ça dans la peau », résume Nicolas. Cette fidélité indéfectible honore le football et ses valeurs authentiques.