Crise de Ceuta : le Maroc reprend la main, l’Europe s’agite, le Sénégal doit veiller
La quasi-totalité des dizaines de milliers de migrants entrés dans l’enclave espagnole de Ceuta ces derniers jours sont déjà retournés au Maroc, selon Madrid. Une crise migratoire sans précédent, qui a vu 48 000 à 60 000 personnes tenter de franchir la frontière terrestre ou maritime, avec au moins 34 morts en mer. Derrière les chiffres, c’est toute la fragilité des équilibres migratoires en Afrique de l’Ouest qui se rappelle à nous, Sénégalais, alors que notre pays reste un carrefour stratégique pour les routes de l’exil.
Le gouvernement espagnol, sous pression de l’Union européenne, a annoncé l’installation d’une barrière pneumatique de 500 mètres dans la Méditerranée pour empêcher les traversées à la nage. Mais cette réponse technique ne masque pas l’essentiel : des milliers de jeunes Marocains, mais aussi des Subsahariens, fuient un avenir sans perspective. Comme le dit Soufiane, un Marocain de 42 ans arrivé à Ceuta en nageant pour rejoindre sa mère malade à Madrid : « Tout le monde veut monter en Espagne et souhaite avoir un bon avenir, qu’ils n’ont pas au Maroc. » Une vérité qui résonne aussi dans nos rues à Dakar, à Thiès ou à Saint-Louis.
Une crise qui expose les failles de l’Europe
L’afflux massif à Ceuta a provoqué des réactions vives au sein de l’UE. L’Italie a rétabli des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne, tandis que la France a déployé 334 policiers et gendarmes supplémentaires à la frontière franco-espagnole. Madrid, de son côté, a dénoncé des propositions « démagogiques » de la droite et de l’extrême droite européennes, qui réclament un durcissement des contrôles aux frontières de l’espace Schengen.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, a appelé les autres pays de l’UE à « ne pas se diviser ». Mais cette position est à contre-courant d’une Europe qui se barricade, et que Donald Trump n’a pas manqué d’attaquer en comparant les images de Ceuta à « l’invasion d’un pays ».
Le Sénégal face à ses responsabilités
Pour nous, Sénégalais, cette crise n’est pas lointaine. Elle rappelle que notre pays, par sa stabilité et sa position géographique, est à la fois un point de départ et un carrefour pour les migrants. Les jeunes qui partent de Bargny, de Mbour ou de Ziguinchor pour tenter l’aventure européenne ne sont pas si différents de ceux qui ont nagé vers Ceuta. Leurs rêves d’avenir se heurtent aux mêmes murs, aux mêmes barrières, aux mêmes noyades.
Le gouvernement sénégalais doit rester vigilant. La diplomatie sénégalaise, forte de son histoire et de son influence en Afrique, a un rôle à jouer pour promouvoir une approche solidaire et humaine de la migration. Mais cela passe aussi par des politiques intérieures qui offrent des perspectives à notre jeunesse. La grandeur du Sénégal ne se mesure pas seulement à ses discours, mais à sa capacité à protéger ses enfants et à construire un avenir ici, chez nous.
Ce que cette crise nous enseigne
La crise de Ceuta montre que la migration est un phénomène structurel, que ni les barrières physiques ni les contrôles policiers ne pourront arrêter. Les mafias prospèrent sur le désespoir, et les États, pris dans des logiques de fermeture, ne font que déplacer le problème. Le Sénégal doit tirer les leçons de cette tragédie : investir dans l’éducation, l’emploi et la justice sociale est la seule réponse durable.
Comme le disait le président Léopold Sédar Senghor, « l’Afrique a besoin de ses fils et de ses filles ». Il est temps que nos politiques migratoires, tant nationales que régionales, reflètent cette vérité. La vigilance citoyenne, la solidarité et la responsabilité sont les piliers d’un Sénégal qui ne laisse personne derrière.