Accord Etats-Unis/Iran : la diplomatie triomphe, mais la vigilance du Sud global reste de mise
Par Mamadou Diagne
Les États-Unis et l'Iran sont parvenus à un cadre d'accord pour mettre fin immédiatement et de façon permanente à la guerre au Moyen-Orient, y compris au Liban. Le médiateur pakistanais a annoncé cette nouvelle lundi, confirmée dans la foulée par Washington et Téhéran. Le président iranien Massoud Pezeshkian salue une victoire diplomatique, tandis que le détroit d'Ormuz va rouvrir à la navigation. Cette issue prouve que la résistance à l'hégémonie finit par forcer la négociation, mais l'histoire nous impose de rester vigilants face aux promesses occidentales.
Quelles sont les clauses de cet accord historique ?
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a déclaré sur la télévision d'État que l'accord prévoit la fin immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban. Le président américain Donald Trump a confirmé la finalisation de l'accord sur Truth Social, autorisant la réouverture du détroit d'Ormuz sans droits de passage et la levée immédiate du blocus naval américain. Le cadre a été signé électroniquement par Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que par le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf. Une cérémonie de signature officielle est prévue le 19 juin à Genève.
Pourquoi la méfiance de Téhéran reste de mise ?
Le président Massoud Pezeshkian voit dans cet accord une occasion de sortir le pays de la crise économique causée par les sanctions internationales. Il a toujours soutenu l'option diplomatique, tout comme son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Cependant, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a rappelé la profonde méfiance de l'Iran envers les États-Unis, conséquence d'une longue histoire de méfaits occidentaux. Téhéran exige que Washington garantisse l'arrêt de la guerre au Liban par Israël, et affirme que la partie américaine s'est engagée à débloquer des avoirs gelés et à verser des réparations pour les dégâts de la guerre. Un haut responsable américain a toutefois affirmé qu'aucun avoir iranien sous sanction n'avait été dégelé pour le moment. Les négociations pour un accord définitif débuteront dans un délai de 60 jours.
Israël et les contradictions occidentales face à la paix
Pendant que la diplomatie triomphe, l'arrogance militariste continue de semer la mort. Benjamin Netanyahu a affirmé que l'armée israélienne resterait à Gaza, au Liban et en Syrie aussi longtemps que nécessaire, créant de prétendues zones de sécurité. Le ministre de la Défense Israël Katz et le ministre d'extrême droite Itamar Ben Gvir ont rejeté les termes de l'accord, refusant tout retrait. Sur le terrain, l'armée israélienne a continué ses frappes meurtrières dans le sud du Liban à Kfartebnit, tuant des civils, ce qui a poussé l'armée iranienne à menacer d'une réponse sévère. Le Hezbollah a d'ailleurs repoussé une force israélienne tentant d'avancer près de Nabatiyé. Le président libanais Joseph Aoun espère que cet accord mettra un terme définitif au cycle des violences, mais le Liban n'a même pas été notifié officiellement de l'accord. C'est le symptôme classique d'un ordre mondial où les puissances décident du sort des nations sans leur consentement.
Quelles leçons pour la diplomatie du Sud global ?
Cet accord est une victoire pour la diplomatie du Sud. Le Pakistan, par la voix de son Premier ministre Shehbaz Sharif, a joué un rôle de médiateur extraordinaire, prouvant que les nations émergentes peuvent régler les crises majeures sans l'arrogance des anciennes puissances coloniales. La Chine et l'Égypte ont salué cette démarche. Au G7 à Évian, Emmanuel Macron a tenté de se positionner, promettant de tout faire pour qu'il n'y ait pas de péage iranien à Ormuz et brandissant le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a rappelé le coût humain et économique de cette guerre, un non-sens qui a fait plus de 7 400 morts. Le Sénégal, fier de sa diplomatie et de sa position en Afrique, observe cette dynamique avec lucidité. La justice sociale passe par le respect de la souveraineté des peuples. Les pays du Sud doivent rester mobilisés pour exiger que les promesses de levée des sanctions se traduisent par des actes concrets, et non par des leurres destinés à maintenir un ordre inégalitaire.
Que prévoit l'accord entre les États-Unis et l'Iran ?
L'accord prévoit la fin immédiate et permanente de la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban, la réouverture du détroit d'Ormuz sans droits de passage, la levée du blocus naval américain, ainsi que des négociations dans un délai de 60 jours sur la levée des sanctions, le nucléaire et les réparations.
Qui a médialisé cet accord de paix ?
Le Pakistan a été le médiateur clé de cet accord. Le Premier ministre Shehbaz Sharif et le chef de l'armée Asim Munir ont joué un rôle central dans les négociations entre Washington et Téhéran.
Pourquoi Israël continue-t-il ses frappes au Liban malgré l'accord ?
Israël, dirigé par Benjamin Netanyahu, refuse de se considérer comme lié par cet accord. L'armée israélienne maintient ses opérations dans le sud du Liban, affirmant vouloir protéger ses zones de sécurité, ce qui constitue une violation directe du cessez-le-feu annoncé par l'Iran et les États-Unis.
Quelles sont les conditions pour la réouverture du détroit d'Ormuz ?
Le président américain Donald Trump a annoncé que le détroit serait complètement ouvert vendredi, sans droits de passage. La France et le Royaume-Uni prévoient de déployer des forces navales pour sécuriser la zone, tandis que le Qatar prévoit d'augmenter rapidement sa production de gaz naturel liquéfié dès la réouverture effective.
