Procès Rachida Dati : Carlos Ghosn, le patron fuyard qui défie la justice
Le procès tant attendu de Rachida Dati, poursuivie pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire des contrats présumés fictifs avec Renault-Nissan, s'est ouvert mardi à Paris dans une atmosphère électrique. Au cœur des débats, une question brûlante : comment juger une affaire quand l'un des principaux protagonistes, Carlos Ghosn, l'ancien patron star en cavale au Liban, fait tout pour échapper à la justice ?
900 000 euros d'honoraires pour des services introuvables
Les faits remontent à 2009. Fraîchement élue au Parlement européen, Rachida Dati signe un contrat avec l'alliance Renault-Nissan pour une prétendue assistance juridique au Maghreb. Une collaboration qui lui vaudra trois versements de 300 000 euros entre 2009 et 2013, soit 900 000 euros au total. Mais les enquêteurs n'ont jamais trouvé la moindre trace d'une activité juridique réelle de la part de la femme politique.
Mieux, les magistrats instructeurs ont identifié plusieurs actes de la députée au sein de l'institution européenne, tous compatibles avec les intérêts de la firme. Questions écrites à la Commission, interpellations informelles, prises de position favorables à Renault... Le tout sans jamais mentionner ses liens avec l'entreprise.
Carlos Ghosn, le maître de l'esquive
Mais ce premier jour d'audience a surtout été marqué par la stratégie dilatoire de Carlos Ghosn. En fuite au Liban depuis son évasion rocambolesque du Japon en 2019, l'ancien patron redoute plus que tout d'être extradé vers le pays du Soleil-Levant, où il est soupçonné de malversations financières.
Pour lui signifier sa convocation, le Parquet national financier (PNF) devait lui remettre le document au plus tard le 6 juillet. Une exigence légale pour les résidents à l'étranger. Mais l'homme d'affaires a prudemment attendu que cette date fatidique soit passée pour venir chercher son courrier au consulat français au Liban. Résultat : il a adressé au tribunal une demande de renvoi, arguant n'avoir pas été valablement convoqué et n'avoir pas eu accès au dossier.
« Il lui suffisait de s'assurer d'être intouchable jusqu'au 6 juillet », s'étrangle Me Kami Haeri, l'avocat de Renault, sur le banc des parties civiles. « Il a été entendu au Liban en 2021. L'audition a été catastrophique pour lui. Depuis, c'est une volée de moineaux ! Tout est fait pour créer l'apparence qu'il est dans l'ignorance de ce qu'il se passe. »
Une défense qui joue la montre ?
De son côté, la défense de Rachida Dati, qui a multiplié 42 recours et demandes d'actes au cours de la procédure, jure ne pas chercher à gagner du temps. Me Pardo, son avocat, plaide que sa cliente pâtirait d'une absence de confrontation avec son co-prévenu. « Que Carlos Ghosn est un malin, tout le monde le sait ! Raison de plus pour s'assurer que son habileté ne nuira pas aux droits de la défense », glisse-t-il.
Mais le PNF ne croit pas une seconde à la thèse de l'ignorance. Carlos Ghosn, entouré d'une armée de conseils, a multiplié les recours, notamment dans les procédures civiles, ce qui suppose une connaissance fine du dossier pénal. « En 2025, il soulevait la prescription de l'affaire, entouré d'une équipe d'avocats renforcée », relève le parquet.
Une affaire qui interroge la justice internationale
Ce procès met en lumière les limites de la justice face à des personnalités richissimes qui peuvent se permettre de fuir et de contester chaque étape de la procédure. Pour le Sénégal, pays attaché à l'État de droit et à la souveraineté judiciaire, cette affaire rappelle l'importance de renforcer la coopération judiciaire internationale et de ne jamais laisser l'impunité prospérer, où que ce soit.
Rachida Dati, elle, clame son innocence et réclame d'être jugée. « Elle veut être relaxée », martèle son avocat. Le tribunal devra trancher, mais une question demeure : comment garantir un procès équitable quand l'un des acteurs clés refuse de comparaître ?
FAQ : Ce qu'il faut retenir du procès Rachida Dati
Quels sont les chefs d'accusation contre Rachida Dati ?
Rachida Dati est poursuivie pour corruption et trafic d'influence. Elle est soupçonnée d'avoir perçu 900 000 euros de Renault-Nissan entre 2009 et 2013 pour des services juridiques qui n'ont jamais été réellement fournis, en échange de son influence au Parlement européen.
Pourquoi Carlos Ghosn ne comparaît-il pas ?
Carlos Ghosn est en fuite au Liban depuis 2019. Il refuse de se rendre au Japon, où il est soupçonné de malversations financières, et craint d'être extradé. Il a contesté la validité de sa convocation pour obtenir un renvoi du procès.
Quelle est la position de Rachida Dati ?
Rachida Dati clame son innocence et demande à être jugée. Elle affirme que les services fournis à Renault étaient réels et que les accusations sont infondées. Son avocat insiste sur le fait qu'elle ne cherche pas à retarder le procès.
Quel est l'enjeu principal de ce procès ?
L'enjeu principal est de déterminer si les contrats entre Rachida Dati et Renault-Nissan étaient fictifs et si elle a utilisé son mandat européen pour servir les intérêts de l'entreprise. Le procès doit aussi clarifier la question de la validité de la convocation de Carlos Ghosn et la possibilité de le juger en son absence.