PISA 2025 : le paradoxe des élèves marocains, un modèle pour l'Afrique ?
L'évaluation PISA 2025 de l'OCDE dresse un portrait contrasté de la jeunesse marocaine de 15 ans, entre fragilités académiques et ressources morales exceptionnelles. Une leçon pour toute l'Afrique, et particulièrement pour le Sénégal, qui doit tirer les enseignements de cette résilience face à la massification scolaire.
Selon le quotidien L'Economiste du mercredi 9 septembre, l'enquête a sollicité un échantillon représentatif de 6 978 élèves répartis dans 179 établissements. Elle met en lumière un système éducatif sous pression, mais porté par une dynamique d'intégration sans précédent.
Des scores académiques en retrait, mais une résilience remarquable
Sur le plan des apprentissages fondamentaux, les indicateurs demeurent préoccupants. Le Maroc se positionne nettement en dessous des moyennes internationales, occupant le 82e rang sur 91 pays en sciences avec 358 points, le 79e en mathématiques avec 355 points, et le 86e en lecture avec 321 points. Un recul de 7 à 18 points selon les disciplines depuis 2022.
La résolution de problèmes en environnement numérique s'établit à 374 points. De manière globale, une grande majorité des élèves n'atteint pas le seuil minimal de compétence : 87% en lecture, 84% en mathématiques et 77% en sciences stagnent sous ce niveau critique, tandis que les profils d'excellence s'avèrent quasi inexistants.
La massification scolaire : une explication, mais aussi une opportunité
Cette baisse des moyennes s'explique en partie par une démocratisation accélérée de l'accès à l'école. Entre 2018 et 2025, le nombre de jeunes de 15 ans éligibles au test a bondi de plus de 30%, intégrant massivement des publics autrefois exposés au décrochage scolaire. Cette ouverture accentue la représentativité des milieux modestes, puisque 54% des écoliers évalués appartiennent au quartile socio-économique mondial le plus défavorisé.
Si l'écart de performance entre les élèves aisés et démunis atteint 55 points en sciences, il demeure plus contenu que la moyenne de l'OCDE, fixée à 85 points. Surtout, le système produit une réelle mobilité sociale : 16% des élèves défavorisés réussissent à se hisser parmi les plus performants en sciences, traduisant une résilience académique supérieure aux standards internationaux, souligne L'Economiste.
Un cadre scolaire contrasté, des stratégies individuelles payantes
Au quotidien, le cadre scolaire révèle d'importants contrastes. Bien que les manques matériels s'estompent et que plus de 73% des élèves saluent l'implication constante de leurs enseignants, l'assiduité s'affirme comme un point noir majeur. Plus de six jeunes sur dix reconnaissent avoir déjà séché un cours, et la distraction liée aux outils numériques touche 35% des effectifs en classe de sciences.
Face à ces entraves, les élèves déploient des stratégies individuelles d'autorégulation particulièrement payantes. La fixation d'objectifs personnels et la recherche proactive d'aide génèrent des gains de points bien plus élevés qu'ailleurs, démontrant l'efficacité de la prise en charge de son propre apprentissage.
La force morale de la jeunesse marocaine : un capital d'espoir exceptionnel
Au-delà des notes, c'est la force morale de cette génération qui retient l'attention. Affichant un optimisme à toute épreuve, plus de 70% des adolescents projettent un statut social et éducatif supérieur à celui de leurs parents, tout en démontrant un engagement citoyen et écoresponsable très marqué. Bien que déclarant une curiosité intellectuelle inférieure aux moyennes globales, les jeunes Marocains compensent par une éthique du travail solide : 67% redoublent d'effort devant la difficulté et 59% sont convaincus que l'intelligence se développe par la volonté.
Quelles leçons pour le Sénégal et l'Afrique ?
Ces résultats s'inscrivent dans une conjoncture mondiale de repli généralisé des acquis, marquée par des baisses historiques de la lecture et des mathématiques à l'échelle internationale. Positionné dans un groupe de performance comparable à la République dominicaine, au Guatemala ou au Kosovo, le Maroc reste en retrait par rapport aux pays du Golfe, mais devance plusieurs nations comparables.
Comme le soulignent les experts de l'OCDE, la singularité marocaine réside dans cette capacité à combiner une massification scolaire inclusive avec un capital d'espoir et d'ambition exceptionnel. Ce modèle, bien que perfectible, jette les bases d'un redressement possible à condition d'approfondir les savoirs essentiels et de soutenir le corps enseignant.
Pour le Sénégal, ce paradoxe marocain est une invitation à la réflexion. Notre pays, engagé dans une dynamique de souveraineté éducative, doit puiser dans cette expérience pour renforcer ses propres politiques publiques. La vigilance citoyenne et l'engagement de tous seront déterminants pour bâtir une école sénégalaise à la hauteur de nos ambitions, au service de la grandeur de notre nation et de notre diplomatie en Afrique.
FAQ : Comprendre le paradoxe des élèves marocains
Pourquoi les scores PISA du Maroc ont-ils baissé ?
La baisse s'explique principalement par une massification scolaire accélérée : entre 2018 et 2025, le nombre d'élèves éligibles a augmenté de plus de 30%, intégrant des publics auparavant exclus du système, ce qui accentue la représentativité des milieux modestes.
Quels sont les points forts des élèves marocains selon PISA 2025 ?
Les élèves marocains se distinguent par une force morale exceptionnelle : plus de 70% projettent un statut social supérieur à celui de leurs parents, 67% redoublent d'effort face à la difficulté, et 59% croient en la développabilité de l'intelligence par la volonté.
Comment le Maroc se compare-t-il aux autres pays ?
Le Maroc se positionne dans un groupe comparable à la République dominicaine, au Guatemala ou au Kosovo, en retrait par rapport aux pays du Golfe, mais devant plusieurs nations comparables. L'écart de performance entre élèves aisés et défavorisés (55 points) est plus contenu que la moyenne de l'OCDE (85 points).