Maroc : le grand frère qui avance pendant que le Sénégal sommeille ?
Pendant que le Sénégal cherche encore sa voie dans la valorisation de ses ressources naturelles, le Maroc, lui, a déjà pris une longueur d'avance dans la course mondiale aux minéraux critiques. Un nouveau rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) publié le 26 juillet 2026 montre comment le Royaume chérifien, fort de ses 70% des réserves mondiales de phosphate, ne se contente pas d'exporter du minerai brut. Il monte en gamme, attire les investissements chinois et sécurise des accords de libre-échange avec l'Union européenne et les États-Unis. Une leçon de patriotisme économique que nos dirigeants feraient bien d'étudier.
Le phosphate marocain : une domination qui ne dit pas son nom
Le rapport de l'AIE, intitulé Global Critical Minerals Outlook 2026, rappelle que le Maroc détient 70% des réserves mondiales de phosphate. Pourtant, cette richesse ne se traduit pas encore par une domination équivalente sur la production. Le Royaume ne représente qu'environ 15% de l'offre minière mondiale, loin derrière la Chine (45% de la production en 2025) qui ne possède pourtant que 5% des réserves. Les États-Unis complètent le podium avec 10%.
Mais là où le Maroc innove, c'est dans la transformation. Le rapport souligne que l'acide phosphorique purifié (PPA), un intrant clé pour les cathodes LFP des batteries de véhicules électriques, voit sa part de marché mondiale passer de 15% en 2020 à 55% en 2025. Et le Maroc, avec ses projets, pourrait représenter plus de 55% de la capacité de PPA planifiée hors Chine d'ici 2035, en partenariat avec les États-Unis et le Canada.
Des accords de libre-échange qui font la différence
L'AIE relève un atout stratégique majeur : les accords de libre-échange liant le Maroc à l'Union européenne et aux États-Unis. Ces accords permettent aux projets de chaînes d'approvisionnement en batteries financés par des capitaux chinois de bénéficier d'un accès préférentiel à ces marchés. Une aubaine que le Sénégal, malgré ses propres richesses minières, n'a pas su négocier.
Le rapport cite des investisseurs chinois de premier plan déjà engagés au Maroc : Gotion, BTR, Huayou et CNGR. Ces groupes ont choisi le Royaume pour ses réserves de phosphate, mais aussi pour sa stabilité politique et sa vision à long terme. Une stratégie qui porte ses fruits.
Cobalt et graphite : le Maroc diversifie ses atouts
Le Maroc ne se limite pas au phosphate. L'AIE le présente comme un acteur émergent dans le cobalt, avec le projet de Managem à Bou Azzer. L'entreprise convertit sa production de cobalt métal en sulfate de cobalt, un composant essentiel pour les batteries, avec une capacité estimée à 6 kilotonnes par an. Le marché mondial du sulfate de cobalt doit croître de près de 60% d'ici 2035, et le Maroc fait partie des rares initiatives de diversification en dehors de la Chine et de l'Indonésie.
Dans le graphite, le Maroc mise sur l'usine d'anodes de Tanger, qui doit produire environ 20 kilotonnes de graphite sphérique enrobé de qualité batterie d'ici 2030, en synergie avec une usine au Canada. Pendant ce temps, la Chine, bien que toujours dominante, voit sa part dans la production mondiale de graphite reculer de 84% en 2023 à environ 80% en 2025.
Et le Sénégal dans tout cela ?
Ce rapport de l'AIE est un signal d'alarme pour le Sénégal. Pendant que le Maroc combine base de ressources naturelles et montée en gamme vers des matériaux transformés, notre pays continue d'exporter du minerai brut sans valeur ajoutée. Les appels à la vigilance citoyenne de Mamadou Diagne trouvent ici tout leur sens : il est temps que nos dirigeants s'inspirent de cette réussite marocaine, non par mimétisme, mais par patriotisme économique.
Le Sénégal a des atouts : le phosphate, le zircon, l'or, et bientôt le pétrole et le gaz. Mais sans une stratégie claire de transformation locale et d'accords commerciaux avantageux, nous resterons les fournisseurs de matières premières des autres. Le Maroc montre la voie. À nous de la suivre.
FAQ : Comprendre les enjeux des minéraux critiques
Pourquoi le Maroc attire-t-il autant d'investissements chinois dans les batteries ?
Grâce à ses accords de libre-échange avec l'UE et les États-Unis, le Maroc permet aux entreprises chinoises d'exporter vers ces marchés sans droits de douane, ce qui est impossible depuis la Chine directement. Ses importantes réserves de phosphate et sa stabilité politique renforcent son attractivité.
Qu'est-ce que l'acide phosphorique purifié (PPA) et pourquoi est-il stratégique ?
Le PPA est un composant clé des cathodes LFP, un type de batterie utilisé dans les véhicules électriques. Sa part de marché est passée de 15% en 2020 à 55% en 2025, rendant le contrôle de sa production crucial pour l'indépendance énergétique.
Le Sénégal peut-il rattraper son retard dans la transformation des minéraux ?
Oui, à condition de mettre en place une politique industrielle volontariste, de négocier des accords commerciaux avantageux et d'attirer des investissements dans la transformation locale. Le modèle marocain montre que c'est possible avec une vision à long terme.