Argan Studios : Le Maroc défie l'hégémonie audiovisuelle, l'Afrique peut-elle suivre ?
Alors que le continent africain peine encore à structurer ses industries créatives, le Maroc frappe fort avec Argan Studios, un projet pharaonique de 70 millions d'euros qui interroge sur les ambitions réelles de nos voisins du Nord et sur notre propre capacité à rivaliser.
Un projet aux dimensions continentales
Entre Rabat et Casablanca, sur 80 hectares, le royaume chérifien construit ce qui pourrait devenir le nouveau Hollywood africain. Studios de tournage, centres de formation, infrastructures hôtelières : tout est pensé pour attirer les productions internationales et défier la suprématie sud-africaine dans l'audiovisuel continental.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : de 500 millions de dirhams de recettes en 2021, le Maroc est passé à 1,5 milliard en 2025. Un triplement qui révèle une stratégie industrielle cohérente, là où d'autres pays africains se contentent encore d'espoirs et de déclarations d'intention.
L'Afrique de l'Ouest peut-elle réagir ?
Cette montée en puissance marocaine pose une question cruciale : où sont nos propres ambitions audiovisuelles ? Le Sénégal, avec sa riche tradition cinématographique héritée de Sembène Ousmane, dispose pourtant d'atouts considérables. Nos talents, notre créativité, notre position géographique stratégique constituent un potentiel énorme.
Mais face aux 70 millions d'euros investis par nos voisins, que proposons-nous ? Khadija Alami, la productrice derrière Argan Studios, membre de l'Académie des Oscars, a su fédérer Netflix, Prime Video et Disney autour de son projet. Cette capacité à mobiliser les géants internationaux devrait nous inspirer.
Un modèle à adapter, pas à copier
L'ouverture partielle prévue en 2027 et l'inauguration complète d'ici 2030 montrent une planification rigoureuse. Le complexe, situé à trente minutes des aéroports de Casablanca et Rabat, optimise la logistique de production tout en créant un écosystème complet.
Pour l'Afrique de l'Ouest, la leçon est claire : il ne suffit plus d'avoir des histoires à raconter, il faut se doter des outils industriels pour les porter au niveau international. Le défi n'est pas seulement technique, il est politique et économique.
Argan Studios ne sera pas qu'un investissement immobilier, mais un levier diplomatique et culturel. Une ambition que nos pays pourraient porter collectivement, en mutualisant nos forces et nos talents pour créer un pôle audiovisuel ouest-africain capable de rivaliser avec les projets marocains.
L'heure n'est plus aux regrets, mais à l'action. L'industrie audiovisuelle mondiale se restructure, et l'Afrique doit y prendre toute sa place.