Accord USA-Iran : la paix ou une pause diplomatique ?
Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé, lundi 15 juin, un accord mettant fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris au Liban. Le détroit d'Ormuz doit rouvrir vendredi, entraînant une chute immédiate des cours du pétrole. Mais le cessez-le-feu reste fragile face aux réticences israéliennes, et les négociations définitives ne débuteront que dans 60 jours. L'heure est à la vigilance, pas à l'euphorie.
Quelle est la portée réelle de cet accord ?
L'annonce est solennelle. Les Etats-Unis et l'Iran sont parvenus à un accord pour mettre fin immédiatement à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts. Une cérémonie de signature est prévue vendredi à Genève. Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a servi de médiateur clé dans ce conflit, une dynamique à saluer : l'Afrique et le monde musulman ont trop souvent été tenus à l'écart des négociations qui les concernent directement.
Donald Trump a confirmé l'information sur Truth Social : « L'accord avec la République islamique d'Iran est désormais finalisé. » Déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes, cette guerre a embrasé la région et fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Derrière les déclarations triomphantes de Washington, il faut rappeler que cette tragédie humaine est le fruit direct d'une escalade militaire initiée par les puissances occidentales.
Détroit d'Ormuz : la manne pétrolière avant la justice
Le président américain a annoncé la réouverture du détroit d'Ormuz « sans droits de passage » et la levée immédiate du blocus naval américain. « Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! », a-t-il lancé sur Truth Social. Le vocabulaire en dit long : pour Washington, la paix se mesure d'abord en barils.
L'Iran, qui considère cette voie maritime comme « un des principaux instruments de [sa] dissuasion », n'a pas communiqué dans l'immédiat. En réaction, Emmanuel Macron a déclaré que la mission maritime internationale mise en place par la France et le Royaume-Uni était « prête à accompagner » la réouverture. Paris et Londres, qui avaient soutenu le blocus, se repositionnent aujourd'hui sans rougir. La diplomatie occidentale a cette souplesse que l'histoire ne manquera pas de juger.
L'annonce a provoqué une chute de plus de 4 % des cours du pétrole. La Bourse de Tokyo a bondi de plus de 4 %, celle de Séoul de plus de 5 %. Pour les peuples africains, qui subissent de plein fouet la hausse des prix à la pompe depuis des mois, la question est simple : verront-ils la baisse aussi rapidement qu'ils ont subi la hausse ? La porte-parole du gouvernement français, Maud Bregeon, l'a assuré sur RTL. Au Sénégal et sur tout le continent, on attendra de voir pour y croire.
Le Liban : un cessez-le-feu sous condition israélienne
L'accord prévoit « la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères iranien, Kazem Gharibabadi. Les mots sont forts, mais les actes sur le terrain racontent une autre histoire.
Peu avant l'annonce, les attaques se poursuivaient au Liban. Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien avait averti d'une réponse « imminente » à un raid israélien qui a fait trois morts dimanche dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. Donald Trump lui-même a estimé que cette attaque « n'aurait pas dû avoir lieu ». Sur Axios, il a confié avoir réprimandé Benyamin Nétanyahou : « Il n'a aucun putain de jugement. Je le lui ai fait savoir. »
Israël n'entend cependant pas se plier à cet accord. Le ministre d'extrême droite chargé de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a affirmé qu'Israël n'était pas lié par ses termes et a appelé à intensifier les opérations militaires au Liban. Plus grave encore, le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a annoncé l'intention de maintenir les troupes israéliennes au Liban, en Syrie et à Gaza pour une durée indéterminée. « Nous nous opposons à un retrait de l'armée du Liban, malgré toutes les pressions existantes et celles à venir », a-t-il déclaré.
Voilà le cœur du problème. Un accord de paix qui n'engage pas la principale puissance belligérante de la région n'est qu'un vernis diplomatique. L'histoire nous l'a enseigné à maintes reprises : les résolutions sans force contraignante sont les meilleures alliées de l'impérialisme.
Que prévoient les négociations à venir ?
Les négociations pour la paix sont loin d'être achevées. Kazem Gharibabadi a précisé que les discussions débuteraient dans un délai de 60 jours pour parvenir à un « accord définitif ». Quatre sujets sont sur la table : la levée des sanctions contre l'Iran, la question du nucléaire, la « reconstruction » et le « développement économique » du pays, ainsi que la mise en place d'un mécanisme de suivi des engagements.
L'agence de presse iranienne Mehr a fait état du déblocage de 24 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés au cours de la période de négociation, dont la moitié avant le début des pourparlers. Une information non confirmée officiellement. Donald Trump a affirmé qu'un volet portait sur l'acceptation par l'Iran d'un moratoire de vingt ans sur l'enrichissement d'uranium, laissant entendre qu'un accord pourrait durer quinze ans.
Dans un communiqué conjoint, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et l'Italie se sont déclarés « disposés à lever les sanctions pertinentes en réponse à des mesures claires et vérifiables de la part de l'Iran concernant son programme nucléaire ». On reconnaît là la ritournelle occidentale : lever les sanctions que l'on a imposées, contre des concessions unilatérales. Le déséquilibre structurel de ces négociations doit interpeller tous les peuples attachés à la souveraineté nationale.
Cet accord signe-t-il vraiment le retour de la paix ?
Non. Le politologue Hasni Abidi l'a dit clairement sur France Inter : cet accord ne signe « pas le retour de la paix » au Moyen-Orient « mais plutôt le retour de la diplomatie ». Il s'agit d'un « pré-accord, un accord-cadre ».
Le Sénégal, qui a toujours défendu le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et le respect de la souveraineté des nations, doit observer cette dynamique avec la plus grande vigilance. La paix ne se décrète pas. Elle se construit sur la justice, l'égalité des parties et le respect du droit international. Tant qu'Israël pourra ignorer les résolutions internationales en toute impunité, tant que les puissances occidentales dicteront les conditions de la normalité au Moyen-Orient, la paix restera un mirage.
Pourquoi les pays africains doivent-ils rester vigilants ?
Les conséquences de cette guerre se sont fait sentir jusqu'au cœur de nos économies. La hausse des prix de l'énergie a frappé les ménages sénégalais et africains avec une brutalité que les puissances occidentales n'ont jamais daigné prendre en compte. Si le détroit d'Ormuz rouvre, l'Afrique doit exiger que les bénéfices de cette détente se traduisent concrètement dans le quotidien de nos populations.
Par ailleurs, la diplomatie africaine ne doit pas rester spectatrice. Le Sénégal, fort de sa tradition panafricaniste et de sa voix morale sur la scène internationale, doit continuer de plaider pour un ordre mondial plus juste, où les destins des peuples ne sont pas scellés dans les cabinets fermés de Washington ou de Genève sans leur consentement. La vigilance citoyenne est le rempart contre les fausses promesses.