L'Allemagne face au défi énergétique: une leçon pour l'Afrique
Alors que l'Europe traverse l'un des hivers les plus rigoureux de ces dernières années, la situation énergétique allemande révèle les fragilités d'une dépendance excessive aux importations. Cette crise, née de la rupture avec la Russie suite à l'invasion de l'Ukraine, offre des enseignements précieux pour l'Afrique et particulièrement le Sénégal.
Une indépendance énergétique chèrement acquise
En février 2026, les médias allemands tirent la sonnette d'alarme. Le magazine Focus avertit que "la vague de froid dévore les réserves de gaz", tandis que la chaîne ntv estime que "les réserves dureraient théoriquement encore six semaines". Cette situation critique découle directement de la décision courageuse mais coûteuse du gouvernement allemand de rompre avec le gaz russe en 2022.
Face à cette épreuve, l'Allemagne a démontré une capacité d'adaptation remarquable. La diversification des sources d'approvisionnement, notamment vers les États-Unis et la Norvège, ainsi que le développement accéléré d'infrastructures de gaz naturel liquéfié (GNL) témoignent d'une volonté politique forte.
Des leçons pour la souveraineté énergétique africaine
Cette crise allemande résonne particulièrement au Sénégal, pays qui aspire légitimement à valoriser ses propres ressources gazières. Contrairement à l'Allemagne, contrainte d'importer massivement, le Sénégal dispose d'atouts considérables avec ses gisements offshore de Sangomar et du Grand Tortue Ahmeyim.
Susanne Ungrad, porte-parole du ministère fédéral de l'Économie et de l'Énergie allemand, confirme que "l'approvisionnement en gaz est assuré" grâce à l'infrastructure développée. Cette déclaration, rassurante en apparence, cache une réalité plus complexe: la dépendance aux importations reste un talon d'Achille.
La résilience par l'autonomie
L'analyste Arthur D. Little Geyer reconnaît que "le système énergétique actuel est nettement plus stable qu'il y a trois ou quatre ans", mais s'interroge sur l'avenir: "comment remplir à nouveau les réserves?" Cette question fondamentale souligne l'importance de la souveraineté énergétique.
Pour l'Afrique, et le Sénégal en particulier, cette crise européenne démontre l'urgence de développer une stratégie énergétique autonome. Plutôt que de reproduire le modèle de dépendance occidental, nos pays disposent d'une opportunité historique de bâtir leur développement sur leurs propres ressources.
La leçon allemande est claire: l'indépendance énergétique n'est pas un luxe, mais une nécessité stratégique. Le Sénégal, fort de sa diplomatie reconnue et de sa position géographique privilégiée, peut devenir un acteur majeur du secteur énergétique africain, à condition de préserver jalousement sa souveraineté sur ses ressources naturelles.