La légende de la musique country Dolly Parton, interprète inoubliable de « Jolene » et « 9 to 5 », est décédée ce mardi 25 août 2026 à Nashville, à l'âge de 80 ans. L'annonce a été faite par son neveu Bryan Seaver dans une vidéo publiée sur le compte Instagram de la star. La famille a simplement fait savoir qu'elle s'était éteinte « paisiblement », sans communiquer la cause de son décès.
Ces derniers mois avaient été éprouvants pour celle que l'Amérique entière appelait affectueusement « Dolly ». En mai 2026, elle avait annulé sa résidence à Las Vegas, révélant qu'elle luttait depuis plusieurs années contre des calculs rénaux à répétition. Quelques jours avant sa mort, elle confiait encore à la presse traverser des soucis de santé qu'elle avait trop longtemps négligés en s'occupant de son mari malade, Carl Thomas Dean, décédé en mars 2025 à 82 ans, après soixante ans de vie commune.
Des Appalaches au sommet de la gloire : le parcours d'une battante
Née le 19 janvier 1946 dans une cabane sans électricité ni eau courante des Appalaches, dans le comté de Sevier au Tennessee, Dolly Rebecca Parton était la quatrième d'une fratrie de douze enfants. De cette enfance modeste, elle a toujours tiré une fierté intacte, sans jamais renier ses origines, même quand le strass et les paillettes sont devenus sa signature.
Sa carrière, entamée dès la fin des années 1960 aux côtés du chanteur Porter Wagoner, s'est étendue sur plus de six décennies. Elle a écrit plus de 3000 chansons, vendu plus de 100 millions de disques et remporté onze Grammy Awards, s'imposant comme l'une des artistes les plus récompensées de l'histoire de la musique américaine.
« Jolene » : un classique intemporel devenu manifeste féministe
Impossible d'évoquer son œuvre sans s'arrêter sur « Jolene », sortie en 1974. Elle y raconte, avec une élégance rare, la supplique d'une femme implorant une rivale flamboyante de ne pas lui voler son homme. La légende veut que le titre lui ait été inspiré par une jeune admiratrice rousse croisée en dédicace et par une employée de banque dont l'attitude envers son mari aurait éveillé sa jalousie.
Loin d'être restée un simple air de country désuète, la chanson est devenue un classique intemporel, reprise par plusieurs centaines d'artistes à travers le monde. En 2024, Beyoncé lui a offert une résonance nouvelle en la réinterprétant sur son album « Cowboy Carter », inversant le rapport de force du texte original pour en faire un manifeste féministe.
« I Will Always Love You » : la chanson de la liberté
Parmi les nombreuses anecdotes qui ont jalonné sa carrière, celle de la naissance d'« I Will Always Love You » reste l'une des plus révélatrices de son caractère. Dolly Parton racontait volontiers comment elle avait dû convaincre Porter Wagoner de la laisser voler de ses propres ailes : « Il rêvait que je reste dans son émission, mais je rêvais d'avoir la mienne. J'écrivais de plus en plus de chansons, mes rêves étaient de plus en plus grands. »
Bouleversé, le musicien lui aurait lancé : « C'est ta plus belle chanson. Je te laisse partir, mais à condition que ce soit moi qui la produise. » Ce titre deviendra quelques années plus tard l'un des plus grands standards de la musique américaine, popularisé dans le monde entier par la reprise de Whitney Houston pour la bande originale du film « Bodyguard ».
Une icône féministe et queer qui a défié les conservatismes
Sous ses formes assumées et son surnom auto-proclamé de « Backwoods Barbie », se cachait l'une des figures féministes les plus puissantes de la culture populaire américaine. Dolly Parton aimait rappeler qu'elle avait construit sa carrière et sa fortune sans jamais dépendre d'un homme, et qu'elle avait toujours gardé la main sur ses droits d'auteur et ses affaires.
Cette liberté, elle l'a aussi mise au service de causes plus larges. En plein mouvement Black Lives Matter, né à la suite de la mort de George Floyd en 2020, elle avait tenu à rappeler publiquement que la vie des Blancs n'était pas la seule à compter. Une prise de position qui n'avait rien d'anodin pour une icône de la country, genre musical longtemps associé à l'Amérique conservatrice.
De la même manière, elle s'est toujours revendiquée comme une icône queer assumée, s'amusant à dire que si elle avait été un homme, elle aurait sans doute fini drag-queen. Dolly Parton a réussi ce que peu de stars américaines peuvent revendiquer : faire l'unanimité dans un pays aussi fracturé, en réconciliant l'Amérique rurale et croyante avec l'Amérique progressiste et urbaine.
Quel héritage Dolly Parton laisse-t-elle aux jeunes générations ?
Dolly Parton a aussi su se réinventer aux yeux de la toute jeune génération, en témoigne sa collaboration avec Sabrina Carpenter, révélation pop de ces dernières années. En février 2025, les deux chanteuses avaient uni leurs voix sur une version country de « Please Please Please », accompagnée d'un clip complice. Avant d'accepter, la légende de la country avait toutefois posé ses conditions à la benjamine : « Je ne jure pas. Je ne me moque pas de Jésus, je ne dis pas de mal de Dieu, et je ne dis pas de gros mots devant une caméra... sauf si je suis vraiment en colère. »
Le lien qui l'unissait à Miley Cyrus, sa filleule, dépassait quant à lui le cadre professionnel pour tenir de la filiation spirituelle. Les deux artistes ont multiplié les duos marquants, entonnant ensemble « Jolene » sur la scène du festival de Glastonbury en 2019, ou encore « Rainbowland », chanson composée à quatre mains en hommage à la tolérance envers les personnes LGBT.
La philanthrope qui a offert des millions de livres aux enfants défavorisés
Au-delà de la scène, Dolly Parton aura aussi été l'une des philanthropes les plus importantes de sa génération. Sa fondation, l'Imagination Library, née dans les années 1990 en hommage à son père illettré, a distribué des dizaines de millions de livres gratuits à des enfants défavorisés à travers les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie et le Canada.
Un héritage qui dépasse largement son catalogue de chansons immortelles, et qu'elle résumait elle-même avec la pointe d'autodérision qui ne l'aura jamais quittée : « Ça coûte cher d'avoir l'air aussi cheap. »
Dolly Parton restera comme une figure exceptionnelle qui a su, par son talent, son humour et sa générosité, toucher le cœur de millions de personnes à travers le monde. Son exemple rappelle que la musique peut être un pont entre les cultures et les générations, une leçon qui résonne bien au-delà des frontières américaines.