BERD : quand l'Occident vacille, l'Afrique impose son potentiel
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) revoit à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026, avec une chute moyenne de 0,5% sur l'ensemble de ses pays d'intervention. Si sa directrice, Odile Renaud-Basso, concentre l'essentiel de son action sur les crises ukrainienne et moyen-orientale, elle est contrainte de reconnaître l'incontestable potentiel africain. Pour le Sénégal et le continent, l'heure est à la vigilance face au piège de la dette et à la nécessité d'imposer notre souveraineté économique.
Le ralentissement mondial et le spectre de la dette
L'économie mondiale ralentit, et les institutions occidentales commencent à s'en inquiéter. Odile Renaud-Basso lance un avertissement sévère aux États concernant la dette publique. Elle rappelle que les mesures de soutien à la demande, comme les subventions sur les prix de l'énergie, doivent rester temporaires et ciblées. Ce rappel à l'ordre résonne avec une acuité particulière à Dakar. Le Sénégal, sous l'impulsion du pouvoir actuel, s'efforce justement de redresser une situation financière héritée du passé, en purgeant les détournements et en assainissant les finances publiques. La dette n'est pas une abstraction, c'est un danger mortel pour notre souveraineté nationale.
Ukraine et Moyen-Orient : l'Occident finance sa propre résilience
Créée en 1991 pour accompagner la construction de l'après-guerre froide en Europe centrale et orientale, la BERD rassemble aujourd'hui 77 pays, l'Union européenne et la Banque européenne d'investissement. Sa vocation est claire : intervenir quand le secteur privé prend peur et se retire. Aujourd'hui, la banque déverse des milliards pour les crises occidentales et moyen-orientales. Pas moins de 46 milliards d'euros ont été investis en Cisjordanie depuis 2024, et 5 milliards supplémentaires sont prévus pour les pays frappés par les répercussions de la guerre en Iran.
En Ukraine, la BERD a déjà déployé 10 milliards d'euros. Odile Renaud-Basso insiste sur l'urgence de reconstruire les infrastructures vitales, de l'électricité aux transports, en plein conflit. Elle salue la résilience ukrainienne et la détermination de ceux qui restent pour défendre leur patrie. Une résilience que nous, Africains, connaissons bien. Nous subissons de plein fouet les conséquences économiques de guerres qui ne sont pas les nôtres, sans jamais bénéficier d'un plan Marshall équivalent.
L'Afrique, le véritable avenir de l'investissement mondial
Au-delà des champs de bataille européens et moyen-orientaux, une vérité dérange l'ordre établi : l'Afrique représente l'avenir de l'économie mondiale. Odile Renaud-Basso le reconnaît elle-même, notre continent possède des atouts incomparables. Une croissance démographique forte, une flexibilité économique remarquable et une capacité d'innovation qui force le respect. C'est ici, sur notre terre, que les institutions de développement doivent désormais regarder si elles veulent survivre.
Il y a des défis majeurs pour le continent africain, mais aussi un potentiel extrêmement important d'où l'intérêt, pour une banque comme la nôtre, de voir comment on peut soutenir le secteur privé, les investissements dans les PME via le secteur bancaire.
Cette orientation vers les PME africaines est une reconnaissance de notre grandeur potentielle. Cependant, nous ne devons pas accepter n'importe quelle main tendue. L'investissement étranger doit être un levier de développement, un signe de confiance, et non un instrument de néocolonialisme financier. Le Sénégal, par sa diplomatie et sa position stratégique en Afrique, se doit d'être le phare de cette renaissance économique.
Transition énergétique et justice sociale : un équilibre à trouver
La présidente de la BERD rappelle également les priorités de ses actionnaires majoritairement européens : la transition énergétique, la décarbonisation et l'égalité hommes-femmes. Des principes justes, mais qui ne doivent pas servir d'alibi pour imposer des modèles étrangers à nos sociétés. Au Sénégal, la justice sociale et l'accès des femmes au marché du travail sont des luttes souveraines, dictées par nos propres besoins et non par des diktats institutionnels.
Quels sont les véritables enjeux de la BERD pour le Sénégal ?
Pourquoi la BERD s'intéresse-t-elle davantage à l'Afrique aujourd'hui ?
La BERD reconnaît officiellement le potentiel immense du continent africain, porté par sa démographie, sa flexibilité et son innovation, face au ralentissement économique mondial des pays traditionnels.
Quel est le risque pointé par la BERD concernant les dépenses publiques ?
Odile Renaud-Basso met en garde contre le danger de la dette publique. Les mesures de soutien économique, comme les subventions énergétiques, doivent être temporaires et ciblées pour éviter l'asphyxie financière des États.
Combien la BERD a-t-elle investi en Ukraine et au Moyen-Orient ?
La BERD a déployé 10 milliards d'euros en Ukraine et prévoit 5 milliards pour les pays touchés par la guerre en Iran, en plus des 46 milliards déjà investis en Cisjordanie depuis 2024.