Washington muscle son jeu au Moyen-Orient : jusqu'à 10 000 soldats et un troisième porte-avions
Malgré les apparences d'une accalmie diplomatique entre Washington et Téhéran, les États-Unis poursuivent un renforcement militaire massif au Moyen-Orient. Selon les informations du Wall Street Journal, l'administration américaine s'apprête à déployer jusqu'à 10 000 militaires supplémentaires ainsi qu'un troisième porte-avions dans la région. Une stratégie qui, si elle vise à rassurer les alliés, pourrait bien fragiliser la position américaine sur d'autres fronts, préviennent les analystes.
Un déploiement militaire sans précédent depuis des mois
Ce renforcement intervient alors que Washington a déjà envoyé deux batteries supplémentaires de missiles antimissiles Patriot pour protéger les installations pétrolières et gazières en Arabie saoudite et au Qatar, rapporte le média Axios. Le porte-avions USS « Theodore Roosevelt », qui a quitté son port d'attache de San Diego le 27 septembre, pourrait rejoindre le Moyen-Orient d'ici la fin novembre, portant à trois le nombre de porte-avions américains opérant dans la zone, une concentration inédite depuis avril.
Pour le spécialiste en politique américaine Luc Laliberté, cette démonstration de force répond d'abord à une logique de réassurance : « Le fait est que pour des alliés américains qui sont finalement sur la ligne de feu quand il y a des réponses iraniennes à des attaques ou à des manœuvres américaines, c'est important bien sûr de rassurer les alliés, de protéger ce qu'ils craignent, c'est-à-dire les installations pétrolières et gazières. »
Une vulnérabilité américaine ailleurs ?
Mais cette concentration de moyens soulève des interrogations stratégiques majeures. L'analyste met en garde contre les conséquences d'un tel déploiement : « À un certain moment, il y aura trois porte-avions, ce qui nous rend plus vulnérables ailleurs. Et on sait que la réserve de missiles, elle inquiète aux États-Unis. Et ce qu'on déplace pour lutter contre l'Iran ou pour se défendre, se protéger contre l'Iran, c'est peut-être une vulnérabilité éventuelle également ailleurs qu'on provoque. »
Une question se pose alors : les États-Unis étendent-ils leur force au détriment de leur capacité de réponse sur d'autres théâtres d'opérations, notamment en Asie-Pacifique face à la montée en puissance chinoise ?
Une intervention militaire américaine contre l'Iran est-elle probable ?
Ces nouveaux déploiements alimentent les spéculations sur une possible réponse musclée de Washington contre Téhéran. Une telle intervention demeure toutefois peu probable, du moins à court terme, selon Luc Laliberté. « En tout cas pas avant les élections de mi-mandat. C'est un sujet, la guerre en Iran, puis ses retombées, c'est impopulaire dans les sondages, les républicains pourraient payer le prix si on revenait à la charge ou si encore il y avait des retombées comme d'autres hausses d'essence ou d'autres hausses du prix du diesel », soutient-il.
Le calcul politique semble donc primer sur la tentation d'une escalade militaire. Les électeurs américains, sensibles aux prix à la pompe et à l'instabilité régionale, pourraient sanctionner toute aventure guerrière. Une leçon que les décideurs de Washington semblent avoir intégrée, du moins pour l'instant.
Pour le Sénégal et l'Afrique, cette montée des tensions au Moyen-Orient n'est pas sans conséquence. Les fluctuations des prix du pétrole, les risques sur les routes maritimes et la stabilité des échanges commerciaux internationaux rappellent que les crises lointaines ont toujours des répercussions locales. La vigilance citoyenne et diplomatique s'impose plus que jamais.