Patrick Bruel autorisé à voyager: la justice française face au tumulte médiatique
La cour d'appel de Versailles a confirmé, mercredi 16 septembre 2026, l'autorisation accordée au chanteur Patrick Bruel de se rendre à l'étranger, malgré l'opposition du parquet. Cette décision, qui s'inscrit dans le cadre de son contrôle judiciaire, intervient alors que l'artiste de 67 ans est mis en examen dans quatre affaires de violences sexuelles.
Le parquet avait fait appel d'une ordonnance du 21 juillet, estimant cette mesure 'injustifiée' et 'excessive'. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a toutefois confirmé la décision initiale, comme le précise un communiqué de la juridiction. Pour les avocates du chanteur, Mes Fanny Colin et Céline Lasek, 'il n'y avait aucune raison de penser que M. Patrick Bruel pourrait se soustraire à la justice'.
Une décision qui interroge les parties civiles
Du côté des parties civiles, Me Iris Biehler, qui défend deux femmes accusant le chanteur, s'inquiète des conséquences de cette décision. 'Cela me surprend, et cela vide de sens la mesure du contrôle judiciaire: comment les juges vont-ils contrôler l'interdiction de fréquenter des salons de massage s'ils ne savent pas dans quel pays il se trouve?', s'interroge-t-elle. Pour ses clientes, cette décision peut être 'source d'inquiétude'.
Patrick Bruel, qui conteste l'ensemble des faits qui lui sont reprochés, est mis en examen par quatre juges d'instruction de Nanterre dans quatre affaires distinctes: un viol à Neuilly-sur-Seine en 2008, une tentative de viol à Bruxelles en 2010, une agression sexuelle et un harcèlement sexuel à Perpignan en 2019, et un dossier de harcèlement sexuel à Ajaccio en 2019.
Le chanteur bénéficie du statut de témoin assisté dans quatre autres dossiers
Le chanteur est également placé sous le statut, plus favorable, de témoin assisté dans quatre autres dossiers: un viol à Dinard en 2012, un viol à l'Isle-sur-la-Sorgue en 2015, une tentative de viol à Neuilly-sur-Seine en 2010 et des accusations de harcèlement sexuel à Nyon, en Suisse, en 2019.
Depuis sa mise en examen en juin dernier, neuf plaintes pour d'autres violences sexuelles ont été déposées ou annoncées. Le parquet de Nanterre n'a confirmé le dépôt que de deux d'entre elles à l'AFP à ce stade.
Une pression médiatique dénoncée par la défense
À la cour d'appel, Me Colin a dénoncé 'un déferlement médiatique sans précédent' et 'une pression sur la justice'. 'Nous le regrettons et nous saluons que la justice n'y ait pas cédé', a-t-elle conclu. De son côté, Patrick Bruel a déposé plainte le 9 septembre pour violation du secret de l'instruction, dénonçant notamment la publication par plusieurs médias, dont Paris Match, d'extraits de son audition par les enquêteurs.
Dans un article consacré aux 'vraies raisons' de l'annulation de la tournée du chanteur, l'hebdomadaire affirmait que l'artiste aurait tenu des propos controversés à des proches, propos que ses avocats ont 'fermement démentis'.
Une tournée annulée sous la pression citoyenne
Son contrôle judiciaire ne lui interdit pas de se produire sur scène. Mais après plusieurs semaines d'appels à annuler sa tournée émanant de responsables politiques, d'élus et d'associations féministes, et alors que des dizaines de femmes l'accusent désormais de violences sexuelles, Patrick Bruel a finalement renoncé début septembre à ses concerts, qui devaient débuter en octobre.
Une annulation devenue 'une obligation' et qui fut un 'soulagement', confiait à l'AFP Karine Viseur, ex-attachée de presse belge, qui accuse le chanteur de tentative de viol en 2010 à Bruxelles.
Cette affaire, qui mêle justice, médias et mobilisation citoyenne, illustre la complexité des procédures judiciaires dans un contexte de forte pression médiatique. La décision de la cour d'appel de Versailles, tout en respectant le droit, soulève des questions légitimes sur l'équilibre entre présomption d'innocence et protection des victimes présumées.